Un trilogie qui s’effiloche
Alain Françon s’attaque pour la première fois à l’écriture de Goldoni. Muriel Mayette lui a confié le soin d’ouvrir le théâtre éphémère, construit dans les jardins du Palais-Royal, pendant les travaux de la salle Richelieu. La première du spectacle a été retardée en raison d’une grève qui a paralysé la Comédie-Française pendant trois semaines.
Ainsi voici La Trilogie de la Villégiature donnée dans ce théâtre en bois, à la vue plongeante, et aux premiers rangs dans les courants d’air. Pour son entrée au répertoire, la Comédie-Française a commandé à Myriam Tanant une nouvelle traduction de la pièce. Son texte donne un sacré coup de jeunesse à la pièce, on ne peut pas en dire autant des décors vieillots, dont le systématisme va lasser dans la troisième partie (les panneaux s’ouvrent et se ferment pour signifier le changement de lieu).
La pièce de Goldoni repose essentiellement sur l’analyse des caractères de tous ces bourgeois instables, pas très heureux de leur condition, désargentés pour certains, et qui vivent au dessus de leurs moyens. « Dépenser c’est toujours à la mode ! » dit Filippo. Les hommes cherchent l’amour et les femmes plus malicieuses savent se montrer espiègles. Ce sont elles qui mènent les hommes par le bout du nez.
Et à ce titre les rôles féminins sont bien dessinés par Alain Françon. Anne Kessler campe une Vittoria angoissée, un brin dérangée, effrontée, gâtée. Elle sautille comme une petite peste, on dirait une ado d’aujourd’hui. Georgia Scalliet est une Giacinta réfléchie, qui se laisse amadouer pour mieux diriger ensuite. Alors tout cela fonctionne dans la première partie, on se laisse guider par l’interprétation de la troupe. Puis on se lasse très vite. Par moment on se réveille et ce sont encore les rôles féminins qui redonnent un coup d’accélérateur, il en va ainsi de la performance de Danièle Lebrun qui incarne une Sabrina, veuve libérée, un peu nymphomane et totalement féministe qui lâche : « Avec les hommes plus on en fait, mois ils en font ! » Elle redonne du sens à la pièce. Enfin la dernière partie tire en longueur, elle est sans surprise. Dans cette fin qui doit amener cette société à la catastrophe, on ne sent pas du tout le chaos.
Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr – 20/01/12
La Trilogie de la villégiature
de Carlo Goldoni
texte français de Myriam Tanant
mise en scène d’Alain Françon
Avec
Anne Kessler, Vittoria
Éric Ruf, Paolo
Bruno Raffaelli, Fulgenzio
Florence Viala, Costanza
Jérôme Pouly, Cecco
Laurent Stocker, Leonardo
Guillaume Gallienne, Guglielmo
Michel Vuillermoz, Ferdinando
Elsa Lepoivre, Brigida
Hervé Pierre, Filippo
Adrien Gamba-Gontard, Tognino
Georgia Scalliet, Giacinta
Adeline d’Hermy, Rosina
Danièle Lebrun, Sabina
et les élèves-comédiens de la Comédie-Française
Romain Dutheil, Serviteur chez Costanza
Guillaume Mika, Serviteur chez Filippo
Samuel Roger, Beltrame
Julien Romelard, Tita
Et Floriane Bonanni, la violoniste
Version scénique d’Alain Françon et d’Adèle Chaniolleau
Dramaturgie et assistanat à la mise en scène d’Adèle Chaniolleau
Scénographie de Jacques Gabel
Costumes de Renato Bianchi
Lumières de Joël Hourbeigt
Son de Daniel Deshays
Musique originale de Marie-Jeanne Séréro
Maquillages de Carole Anquetil
Entrée au répertoire
À paraître en janvier 2012, Le Nouveau Cahier de la Comédie-Française n°9 consacré à Carlo Goldoni.
Durée : 4h30 avec deux entractes
Théâtre éphémère, matinée à 14h, soirées à 19h
Jusqu’au 12 mars 2012




A
B
C
D






Certes on rit de moins en moins au fil des trois représentations, mais il faut comprendre que cela n’est en rien hors du projet scénique (lumières et costumes s’assombrissent) ni du texte qui s’excuse à la fin d’être moins drôle qu’au début. C’est pourtant clair, non ?
Laissez un commentaire