Hofesh Shechter fait valser les morts dans Grand Finale

photo de répéption Victor Frankowski

Après la déception de Barbarians au Festival d’Avignon en 2015, le dernier opus du chorégraphe Israélien Hofesh Shechter était très attendu. Grand Finale présenté en création mondiale à Paris à la Villette dans le cadre de la saison hors les murs du Théâtre de la Ville est une œuvre sombre et désespérée qui renoue avec l’énergie communicative de Political Mother.

Le sextet de musiciens se déplace sur la scène dans la pénombre d’où l’on distingue de grandes formes géométriques réparties sur le plateau. Les cordes des instruments se mêlent au rythme techno de la partition originale composée en partie par Hofesh Shechter. Les danseurs, groupés, sont éclairés par des douches, comme dans les concerts de rock. Dès les premières minutes du spectacle, on reconnaît la patte du chorégraphe israélien. Un son saturé, une énergie vibrante, une ambiance pop. Hofesh Shechter est de retour.

Les corps des danseurs rugissent au son des bruits du chaos du monde. Sur des rythmiques empruntées au code de la danse folklorique, en tenue de ville et grosses chaussettes au pied, les bras et la tête levés, les danseurs implorent le ciel dans une incantation désespérée. Des corps tombent au sol. Inertes. Ils sont tirés, leur sueur forme des cercles sur le plateau. D’autres sont cajolés.

Hofesh Shechter offre sa vision désenchantée du monde. Les structures de 5 mètres de haut sont des morceaux de mur qui font penser à celui de Berlin ou à celui érigé en Cisjordanie entre Israël et la Palestine. Lorsque les danseurs les positionnent face à face, ils dansent dans un espace réduit et contraint, cela pourrait être la cour d’une prison. Une scène d’une force incroyable qui dit tout de la détresse de tant d’humains sur la planète. Le chorégraphe veut les sauver du naufrage. Il convoque alors les musiciens en bord de scène. Ils portent des gilets de sauvetage, semblable à ceux du Titanic. La musique pop rock fait place au romantisme. Ils jouent la célèbre valse de l’opéra La veuve joyeuse de Franz Lehar.

Après l’entracte les danseurs et les musiciens reviennent pour une très courte deuxième partie. La musique devient slave, puis orientale, des groupes se forment de part et d’autres des murs, sans se voir. Chacun danse sur la même musique, dénominateur commun d’un monde rêvé. Puis les danseurs se réunissent pour livrer une dernière image plus optimiste. Pour ceux qui découvrent le travail d’Hofesh Shechter ce Grand Finale doit être un sacré choc. Les autres se rassurent en retrouvant la force des rythmes hypnotiques qui ont fabriqué la légende du chorégraphe.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Grand Finale
Chorégraphie & musique
Hofesh Shechter
décor & costumes
Tom Scutt
lumières
Tom Visser
collaborateurs musicaux
Nell Catchpole & Yaron Engler
avec Chien-Ming Chang, Frédéric Despierre (assistant répétiteur), Rachel Fallon, Mickael Frappat, Yeji Kim, Kim Kohlmann, Erion Kruja, Merel Lammers, Attila Ronai, Diogo Sousa
musiciens
James Adams, Chris Allan, Rebekah Allan, Mehdi Ganjvar, Sabio Janiak, Desmond Neysmith
1ère partie: 55 min, entracte de 20 min et 2ème partie de 30 min

Grande Halle de la Villette – programmation Hors les murs du Théâtre de la Ville
du mercredi 14 au samedi 17 juin 2017 – 20h30
du lundi 19 au samedi 24 juin 2017 – h00

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