Guy-Pierre Couleau : « La décentralisation théâtrale est un gage de la démocratie »

Guy-Pierre Couleau © André Muller

Les Centres Dramatiques Nationaux sont nés en 1947 sous l’impulsion de Jeanne Laurent et André Malraux. Premier par ordre d’apparition, la Comédie de l’Est à Colmar. A cette occasion son directeur Guy Pierre Couleau propose un festival du 28 au 30 septembre 2017 pour célébrer les 70 ans de la décentralisation, en compagnie des 4 autres centres dramatiques de la région Grand Est (La Comédie de Reims, le NEST de Thionville, le TJP de Strasbourg et la Manufacture à Nancy), ainsi que du Théâtre National de Strasbourg et le Théâtre du Peuple de Bussang. Après la polémique de l’été avec le Ministère de la Culture, les CDN sont plus que jamais vivants et utiles sur le territoire. Rencontre avec le metteur en scène.

Le premier CDN a été créé à Colmar en 1947, dans la France de l’après-guerre. C’était un signe fort de l’Etat français de l’ouvrir dans cette région.

La volonté de Jeanne Laurent était de réinstaller la culture française et la langue française au plus proche de la ligne de front avec nos anciens ennemis. Elle a cherché un théâtre en ordre de marche qui n’avait pas été bombardé, et celui de Colmar était en bon état avec une troupe d’une vingtaine de comédiens dirigée par André Clavé, résistant et rescapé des camps de la mort.

Et la Comédie de l’Est a ensuite migré à Strasbourg pour devenir le Théâtre National de Strasbourg.

C’est Hubert Gignoux de la Comédie de l’Est qui fonde le TNS et l’installe dans la capitale alsacienne à la fin des années 70. Pendant ce temps à Colmar le théâtre se transforme. Il devient Centre Dramatique régional et en 2013 il retrouve le statut de CDN qui nous rattache à ce grand réseau.

Quelles sont les missions d’un CDN ?

Sa mission fondamentale c’est la création théâtrale à destination du plus large public. Mais les CDN ne sont pas des tours d’ivoire réservées à une élite d’intellectuels. Il y a tout ce que l’on ne voit pas hors les murs avec les actions culturelles d’éducation. On fait du théâtre en langue des signes, on joue dans les hôpitaux, dans les écoles. A partir de la création théâtrale, on fabrique avec les artistes une éducation artistique pour tous. C’est gratuit. C’est aussi à cela que sert la subvention.

Après la polémique de cet été, pensez-vous que le système est « à bout de souffle » ?

Il n’est ni à bout de souffle économiquement ni artistiquement ni humainement. Car des centaines milliers de spectateurs viennent dans nos salles tout au long de l’année. Et tout cela pour des prix modiques. A Colmar le prix moyen est de 7 euros. Et nous vendons 20 000 billets pour une ville de 67 000 habitants. La vitalité de la création est garante de la liberté de penser des spectateurs. Voir du théâtre c’est penser le monde autrement et par soi-même. La décentralisation est un gage de la démocratie.

Il y a peut être de nouvelles formes à trouver ?

Évidemment, si on fête les 70 ans ce n’est pas pour regarder en arrière, mais pour se projeter vers l’avenir en conservant les idéaux de nos prédécesseurs qui ont reconstruit la société par l’art. La société française n’est pas dans le même état qu’en 1947 mais elle est divisée et fracturée. Notre mission est de contribuer à vaincre ces fractures face à la montée des populismes et du repli sur soi en France et en Europe. Aujourd’hui notre réseau de théâtres publics est unique dans le monde. On doit le faire fructifier.

Pour marquer les 70 ans vous avez réuni le temps d’un festival, tous les CDN de la Région Grand Est, ainsi que le TNS et le Théâtre du Peuple de Bussang, pour présenter le travail de chacun. N’y-a-t-il pas là aussi une piste pour l’avenir des CDN ?

La constitution des grandes régions a changé la donne. Nous sommes 5 millions et demi d’habitants dans le Grand Est. Nous sommes 5 CDN. Ils sont représentatifs de la vitalité artistique. Nous avons chacun des missions sur nos territoires, mais il y a encore des zones désertifiées. On ne peut pas laisser des publics sans accès à la culture. Et cet évènement est unique. Nous sommes les seuls à nous fédérer de cette façon pour célébrer les 70 ans.

Propos recueillis par Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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