Isabelle Lafon et Une mouette

Photo René Jacques

En russe il n’y a pas d’article ni défini, ni indéfini.. La ? Une ?

Et ce qui me touche dans cette pièce, encore une fois, c’est l’endroit où le théâtre apparaît, sans crier gare. Bien sûr, a priori, une pièce de théâtre est faite pour le théâtre. Pour moi, rien n’est fait pour… La question du théâtre se pose toujours et La Mouette la pose tout le temps, magnifiquement, intimement, librement… et pousse très loin l’idée de la représentation. Ce nerf là.

La pièce transpire à chaque moment la question du théâtre, la pose tout le temps magnifiquement, intimement, librement et pousse très loin l’idée de la représentation. Qu’est-ce qu’on représente… ou pas ? Qu’est-ce qui se représente… ou pas ? Comment se représente-t-on… jusqu’à en mourir ? Le titre de la pièce, la Mouette, est la signature de Nina. C’est ce même mot qu’elle utilise pour signer ses lettres (celles qu’elle a envoyées à Treplev), pour se re-présenter.

Nous ne sommes pas onze acteurs mais cinq actrices. Ces cinq femmes-là vont être emportées, saisies, troublées, par cette pièce qu’elles doivent jouer, même si les autres sont absents ou, on peut le supposer, disparus. En tout cas elles joueront cette pièce coûte que coûte. Dans un abri théâtre ou plutôt le théâtre comme dernier abri.

Je ne prétends pas apporter une nouvelle lecture de la Mouette, juste la déplacer un peu. L’intime, le trouble provoqué par cinq femmes obligées de tout jouer, c’est cela qui m’intéresse. Comme si cette contrainte et ce parti pris nous obligeaient à saisir la pièce dans son air, sa palpitation, son tremblement.

Le texte est plus ramassé, plus court que la version « normale ». Mais tous les rôles seront là.

Partir pleinement des actrices, conduit à une certaine façon de travailler. Nous partons du plateau nu. Les lumières construisent notre abri et nos zones d’ombre. Que cachons-nous ? Que montrons-nous ? Comme s’il s’agissait de se dépouiller, pour retrouver les lignes fortes de cette pièce magnifique, celles que nous avons oubliées, croyant trop bien la connaître.

Entendre La Mouette plus que l’écouter. Juste entendre autrement. Désembourber la pièce de son imagerie. Rendre à ce drôle d’oiseau sa liberté. Tant pis s’il nous échappe.

Note d’intention d’Isabelle Lafon

Une mouette

d’après La Mouette de Anton Tchekhov, mise en scène Isabelle Lafon, avec Johanna Korthals Altes, Norah Krief, Gilberte de Poncheville et Judith Perillat, lumières Marion Hewlett et Patrice Lechevallier, assistant à la mise en scène Sylvain Gagnier, administration de production Daniel Schémann.

Coproduction : Théâtre Paris-Villette et  Les Merveilleuses.

Avec le soutien de la Ville de Paris et la Drac Ile-de-France.

Théâtre Paris-Villette

9 > 26 mai 2012

lun, mer, sam 19h30

mar, jeu, ven 21h

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