Laurent Stocker : « Arturo Ui redonne ses lettres de noblesse au théâtre populaire »

Laurent Stocker photo Christophe Raynaud de Lage

La résistible ascension d’Arturo Ui entre au répertoire de la Comédie-Française avec Laurent Stocker dans le rôle-titre. Il est méconnaissable dans cette mise en scène de Katharina Thalbach menée tambour battant et qui contraignent les comédiens de la troupe à s’entrainer comme pour un marathon. Rencontre avec le Sociétaire à l’issue de l’une des représentations.

La pièce est extrêmement physique pour vous et vos camarades. Comment vous préparez-vous avant le début de la représentation ?
C’est une préparation comme peuvent le faire les sportifs. Je fais un entrainement vocal et un entrainement physique avant d’entrer en scène. Je fais aussi des étirements car la pente de la scène est à 40%. Quand on monte la pente très vite, tous les membres du corps sont sollicités, il faut donc être préparé pour éviter les claquages. Ensuite on grimpe sur ce filet, il faut donc à tout prix éviter que l’on se casse quelque chose.

La préparation passe aussi par le maquillage. Est-ce qu’il est important pour se mettre dans la peau du personnage ?
C’est comme un travail de masque, ensuite la pose de la perruque vient parachever cette vision d’horreur de ce personnage.

C’est l’une des pièces les plus importants du répertoire, car Brecht s’appuie sur une fiction pour parler de la réalité de l’Allemagne nazie qui colle à la tradition du Berliner Ensemble.
Katharina Thalbach a travaillé en ce sens. Ce sont les figures historiques telles qu’elles ont existé. Elle n’a pas eu envie de la transposer dans l’époque actuelle. Les discours sécuritaires de ces personnages sont de toute façon actuels. L’extrême droite reste l’extrême droite quel que soit l’époque.

Est-ce que Katharina Thalbach vous a beaucoup parlé du Berliner pendant les répétitions ?
Énormément. Lorsqu’elle était petite elle a baigné dans l’atmosphère de cette pièce. Sa mère jouait le rôle de Dockdaisy et comme elle n’avait pas d’argent pour payer une baby-sitter, Katharina restait en coulisses. Elle a souhaité à travers sa mise en scène redonner ses lettres de noblesse au théâtre populaire en s’autorisant le grand guignol et le cirque.

A qui avez-vous pensé en créant ce personnage ?
J’ai pensé à Chaplin dans le Dictateur. J’ai pensé à Al Capone. J’ai pensé à Hitler évidemment. J’ai regardé beaucoup de documentaire sur sa personnalité. J’avais des tonnes de documents que je cachais bien soigneusement dans le métro pour pas que l’on me prenne pour un nazi ! Hitler avait une façon bien à lui de parler, il a pris des cours avec un acteur – ce qui est raconté dans la pièce. Et sa gestuelle était saccadée parce qu’il souffrait de la maladie de Parkinson.

D’ailleurs la scène est très drôle dans le spectacle avec Michel Vuillermoz !
Dans cette pièce qui raconte des choses terribles il faut un côté grandguignolesque pour dénoncer l’inhumanité de ce personnage. Il aimait autant la mort que la vie comme peuvent l’être aussi aujourd’hui les nouveaux nazis que sont les hommes de Daech.

Propos recueillis par Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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