La fin du monde selon Duras

photo Jean-Louis Fernandez

Première des trois créations du mois de septembre au Théâtre National de Strasbourg, l’adaptation du film Le Camion de Marguerite Duras par Marine de Missolz. Un spectacle radical. Une réflexion sur le monde politique avec un Laurent Sauvage impérial dans la peau de Duras.

Marine de Missolz formée au TNB, assistante de Stanislas Nordey sur plusieurs spectacles, comédienne dans la première version des Particules Élémentaires de Julien Gosselin fait son entrée dans le grand bain de la mise en scène. Elle n’a pas choisi la facilité en adaptant ce film de Marguerite Duras, un dialogue autant aiguisé que contemplatif entre Duras et Depardieu, assis de chaque côté d’une table, lisant leur texte. Champ contre champ.

Cet OVNI cinématographique prend tout son sens au théâtre, car le texte de Duras est la matière centrale de l’œuvre. Marine de Missolz annonce clairement la couleur sur le contenu de son spectacle : « une réflexion sur les démarches expérimentales en art contemporain ». Mais elle ne fait pas œuvre d’abstraction, mais œuvre d’explication. Et l’on se dit en regardant le film qui date de 1977 que la forme théâtrale est beaucoup plus adaptée au Camion.

C’est vrai que le spectacle est radical dans sa forme (plateau nu plongé dans le noir aux allures martiennes) mais pas tant expérimental que cela, grâce à la présence flamboyante de Laurent Sauvage, vieux briscard des plateaux. Son premier geste est une main levée, ses premiers mots : un silence. Il nous guide dans la pensée de Duras en proie au doute sur la société française en cette fin des années 70. Le texte de Duras raconte la fin du monde, la fin d’un monde, celui de la révolution industrielle et le début de la désindustrialisation. Elle avait vu juste. Laurent Sauvage s’approprie le texte avec élégance et distance. Ses longs silences racontent aussi les mots entre les lignes. Il est accompagné d’Hervé Guilloteau qui prend en charge la parole de Depardieu et d’Olivier Dupuy, personnage muet, témoin du dialogue sur le plateau.

Les longs travellings vidéo autoroutiers de Tesslye Lopez rythment ce voyage philosophique intemporel sur l’état du monde, sur le prolétariat et sur la classe ouvrière. Le spectacle va certainement diviser les spectateurs, mais il est sincère. Marine de Missolz ose, sans compromission mais avec une petite dose de provocation maitrisée.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Le Camion
Mise en scène Marine de Missolz
Texte Marguerite Duras
Avec Olivier Dupuy, Hervé Guilloteau, Laurent Sauvage
Collaboration artistique Nicole Deschaumes
Lumière Philippe Berthomé
Musique Matt Elliott
Vidéo Tesslye Lopez
Décors et costumes Ateliers du Théâtre national de Strasbourg.
Production Théâtre national de Strasbourg, Compagnie l’Etang Donné.
Coproduction MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, TU — Nantes, Le lieu unique — Scène nationale de Nantes.
Avec le soutien du Conseil régional des Pays de la Loire, du Département de Loire-Atlantique, de la Ville de Nantes et de Grosse Théâtre.
Avec le soutien de l’État — DRAC des Pays de la Loire.
Création le 12 septembre 2017 au TNS — Strasbourg.
Le Camion est publié aux Éditions de Minuit.
Durée: 1h15

Théâtre National de Strasbourg
Du 12 au 23 septembre 2017
Salle Gignoux

MC 93
14 > 22 octobre 2017

Nantes TU
du 15 au 19 avril 2018

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