Le Vania euphorisant de Julie Deliquet

photo Simon Gosselin

photo Simon Gosselin

Avec cette version de Vania de Tchekhov, Julie Deliquet a apporté un souffle nouveau sur le plateau du Vieux-Colombier, celui des collectifs qui ont le vent en poupe depuis une dizaine d’année en France. Un spectacle explosif à revoir à Paris ou au TGP de Saint-Denis

Julie Deliquet a installé les comédiens au centre d’un dispositif bi-frontal (c’était déjà le cas en 2010 avec Paroles, pas de rôles / vaudeville). Une partie du public est installé sur des chaises dans un gradin sur la scène face aux autres spectateurs dans les fauteuils de la salle. Quand Dominique Blanc arrive les cheveux longs plaqués avec de grosses lunettes qui lui donnent un air de Zezette dans Le Père Noël est une ordure, on sent que le pari audacieux de la jeune metteuse en scène est en passe d’être gagné.

Laurent Stocker photo Simon Gosselin

Laurent Stocker photo Simon Gosselin

Julie Deliquet est parvenue à dessiner pour chacun des comédiens des personnages incroyables. Les comédiens sont transcendés. Laurent Stocker dans le rôle titre est un écorché vif, impulsif, une boule de nerfs. Stéphane Varupenne dans celui du médecin écologiste éclabousse tout. Florence Viala et Anna Cervinka sont déchirantes. Noam Morgenszterm est tout craintif dans celui du propriétaire ruiné. Hervé Pierre est exaltant en professeur à la retraite qui projette Vampyr, un film de Carl Theodor Dreyer (sorti 35 ans après la parution de la pièce de Tchekhov) .  Rien dans cette mise en scène ne tombe à côté de la plaque.

Habituées aux écritures collectives, Julie Deliquet applique avec les comédiens de la Comédie-Française ce qui a fait le succès de ses précédents spectacles. Elle adapte le texte, elle l’épure pour n’en faire sortir que la pensée fulgurante. Ici il n’y a aucune allusion à la Russie du 19ème siècle. C’est l’universalité des mots de Tchekhov qui sont mis en exergue de manière intelligente. Elle en ressort les phrases essentielles. Quand Vania dit au début « En chacun de nous règne le désir de la destruction », on frémit. Quand Sofia clame à la fin : « Il faut vivre ! », on respire. Tchekhov est ici de notre temps, dans une société qui doute, mais qui sait se retrouver dans la fraternité.

On rit, on pleure, on frémit, dans cette version vive et dense de la pièce de Tchekhov. C’est la vie qui se joue devant nous. Et quand Alexandre (Hervé Pierre) et Vania (Laurent Stocker) se bagarrent, on retient notre souffle. La tension est extrême. Les chaises valsent, les verres se brisent sur la table. On a rarement eu autant la chair de poule au théâtre.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

d’Anton Tchekhov
Mise en scène Julie Deliquet
Florence Viala : Éléna Andréièvna Sérébriakova, femme du professeur
Laurent Stocker : Ivan Pétrovitch Voinitzki (Vania), fils de Maria
Hervé Pierre : Alexandre Vladimirovitch Sérébriakov, professeur à la retraite
Stéphane Varupenne : Mikhaïl Lvovitch Astrov, médecin
Noam Morgensztern : Ilia Ilitch Tiéliéguine, propriétaire ruiné et employé du domaine
Anna Cervinka : Sophia Alexandrovna Sérébriakova (Sonia), fille du professeur d’un premier mariage
Dominique Blanc : Maria Vassilièvna Voinitzkaia, mère de la première femme du professeur
Costumes : Julie Scobeltzine
Lumières : Jean-Pierre Michel et Laura Sueur
Musique originale : Mathieu Boccaren
Collaboration artistique : Julie André
Assistante scénographie : Laura Sueur
Traduction : Tonia Galievsky et Bruno Sermonne
Durée: 1h15


TGP Saint-Denis
13 Septembre 2017 – 16 Septembre 2017
du mercredi au vendredi à 20h, samedi à 18h

Théâtre du Vieux-Colombier
04 oct 2017 12 nov 2017

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