Les réfugiés, les yeux dans les yeux

Karam al Kafri © Andreas Simopoulos

A la Friche La Belle de Mai, la 22ème édition du Festival de Marseille a proposé des spectacles captivants pour son week-end d’ouverture. On a pu assister à la chorégraphie happening et participative du chilien José Vidal sur la musique remasterisée du Sacre du Printemps de Stravinski et à Sanctuary du Sud-Africain Brett Bailey, une performance déroutante pour raconter la situation des réfugiés en Europe par ceux qui la vivent.

Sanctuary est une procession en silence dans un labyrinthe surmonté d’immenses fils de barbelés. Le public – recueilli – déambule dans un camp et se retrouve seul face à des comédiens qui incarnent des migrants et des citoyens européens engagés dans le monde associatif. Brett Bailey s’est fait connaître en France avec Exhibit B, créé au Festival d’Avignon en 2013. Il y racontait le sort de la société ségrégationniste en Afrique du Sud, son pays de naissance. L’installation a connu un embrasement après son passage à Londres, ce qui provoqua un scandale lors de sa venue en 2014 au TGP de Saint-Denis avec des manifestations d’organisations antiracistes souhaitant le faire interdire.

Avec cette nouvelle proposition, Brett Bailey se veut plus apaisant et souhaite redonner de la dignité aux réfugiés. « Chacun réagit différemment. Je vois des gens faire le parcours rapidement, d’autres prennent leur temps » explique le metteur en scène. « Je n’attends rien de spécial de cette expérience. Je veux simplement que les spectateurs réfléchissent. Car Sanctuary parle avant tout d’humanité. »

Françoise Hémy © Andreas Simopoulos

Pendant ce parcours, dans l’obscurité et dans l’intimité on croise le regard de migrants, les yeux dans les yeux. Il y a Magd, Sandrella et Karam, 23 ans. Il vit en en France depuis 3 ans, il a obtenu le statut de réfugié politique. Né en 1993 à Yarmouk, un camp de réfugiés palestiniens en Syrie, il est étudiant en informatique. Il a participé à la révolution contre le régime de Bachar el-Assad avant de gagner l’Europe. Ses yeux verts magnifiques traduisent le parcours éprouvant qu’il a subi. « On peut communiquer avec les yeux. Parce qu’on est des humains. Si on veut comprendre les autres tu peux essayer avec tout. On n’a pas besoin de parler la langue. On vit sur la même terre. On a vécu des choses, vous et vos grands-parents en ont vécues d’autres. Il faut résister. »

Ces comédiens réfugiés sont informaticiens, traducteurs, commerçants. Ils sont tous intégrés dans leur pays. Mais ils sont pour la très grande majorité des européens des étrangers menaçants. Françoise Hémy, milite à SOS Méditerranée à Marseille. Elle fait partie du spectacle, elle interprète une française nationaliste, proche des idées de Marine Le Pen, un rôle de composition. « Sans le savoir tous ces gens que nous voyons sont comme nous. Le regard qui est porté sur eux et l’image qui nous est présentée est celle de misérables et de futurs délinquants de notre pays. Or c’est tout le contraire qu’ils incarnent » . Ce Sanctuary ne laisse insensible aucun spectateur. Et même s’il s’adresse à un public convaincu, il permet de changer le regard que l’on porte sur ces populations déracinées qui frappent à la porte de l’Europe.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Sanctuary
Brett Bailey
Coproduction Festival de Marseille – ExtraPôle Provences-Alpes-Côte d’Azur
Spectacle présenté en partenariat avec le Centre Culturel Onassis (Athènes) et Kampnagel (Hambourg)
durée : 35’ environ

Festival de Marseille 2017
Friche la Belle de Mai
16 juin : 4 séances de 17h à 18h30
17 juin : 8 séances de 13h30 à 19h
18 juin : 8 séances de 13h30 à 19h
19 juin : 4 séances de 17h30 à 19h
20 juin : 8 séances de 14h à 21h
21 juin : 8 séances de 12h30 à 18h

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