Still in paradise : une rencontre plus foutraque que fructueuse

Still in pradise © Pierre Abensur

Pour la deuxième année consécutive, la scène suisse prend ses quartiers au Festival d’Avignon. Dans le Off, Yan Duyvendak présente Still in Paradise, le fruit d’un long travail entamé avec Omar Ghayatt en 2008 et toujours in progress. Peu conventionnelle, la performance qui montre l’importance de rencontrer l’Autre au-delà de tout préjugé est sympathique mais survole les thèmes prétendument traités.

Yan est hollandais, Omar est égyptien. Beaucoup de choses les séparent, politiquement, culturellement, mais ce qu’ils parviennent à mettre en scène avec conviction et passion, c’est justement la possibilité d’entretenir un dialogue. La performance qu’ils portent à bout de bras témoigne d’une expérience réussie de l’altérité. Il y a presque dix ans, alors que commençait leur collaboration, les deux artistes se connaissaient finalement peu et s’opposaient sur bien des choses. Après une première version du spectacle intitulée Made in Paradise jouée plus de cent fois, ils sont restés persuadés de la nécessité d’expliquer et de pourfendre ce qui peut faire barrage entre les individus. Ils cherchent à lever les peurs, déjouer les aprioris, renoncer aux clichés, éviter les incompréhensions.

Le matériau s’est alors enrichi pour devenir Still in Paradise. Point de départ de leur entreprise, la chute du World Trade Center est toujours au cœur du propos. Passée la difficile acceptation de la réalité des faits qui dans l’imaginaire collectif ne peuvent qu’appartenir à un film catastrophe, l’effroi ressenti par Yan qui se trouvait le 11 septembre 2011 à Barcelone trouve un contrepoint dans le coupable contentement d’Omar installé au même moment au Caire. Pour coller davantage à l’actualité récente, la proposition s’est complétée de nouveaux fragments qui mettent en scène des points de vue divergents sur le Printemps arabe – Omar défend un sentiment plus circonspect et moins enthousiaste que celui véhiculé en Europe – ou sur la crise migratoire qui conclut la représentation.

La pièce donnée avec la Manufacture à la Patinoire d’Avignon commence par un inutile rituel de mise en condition où les spectateurs sont priés de se déchausser et de se rassembler comme pour une veillée scoute. Les animateurs annoncent le déroulé de la soirée à la manière de présentateurs de télé-achat. Ne seront montrés que 6 des 12 fragments conçus. Ceux-ci vont être sélectionnés démocratiquement par le public lui-même invité à voter à main levée pour les scènes auxquelles il a envie d’assister. Par la suite, les réflexions proposées se feront pertinentes ou plus douteuses. Mais les auteurs assument leurs propos et nous confrontent habilement à notre propre ignorance lorsqu’au beau milieu du spectacle ils laissent égrener dix longues minutes au cours desquelles l’assemblée doit prendre la parole et dire ce qu’elle sait ou croit savoir de l’Islam. Les nombreuses hésitations et approximations pointent le manque de connaissance qui forcément nourrit le climat délétère ambiant.

En dépit d’une forme anarchique et même brouillonne qui impose la déambulation et la participation des spectateurs dans l’inconfort d’une scène surinvestie de papiers volants, d’accessoires nombreux et de projections vidéo, tout est absolument scénarisé sans que l’écriture ne vienne amoindrir la spontanéité comme la sincérité des artistes. Une entente nette réunit les interprètes qui tiennent à garantir un sentiment chaleureux dans le débat idéologique et finissent en chantant du John Lennon et en servant le Carcadet.

Malgré ses faiblesses et son apparente légèreté, Still in Paradise arrive à la conclusion qu’il est plus facile d’aimer son prochain que de le comprendre. La performance répond à sa manière à la nécessité au théâtre comme ailleurs d’aller vers l’inconnu, de rencontrer l’autre.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

Still in paradise
Spectacle proposé dans le cadre de la sélection suisse en Avignon
Conception et performance Yan Duyvendak et Omar Ghayatt
Traduction et performance Georges Daaboul
Scénographie en collaboration avec Sylvie Kleiber
Conception graphique Nicolas Robel, B.u.L.b. grafix
Administration Marine Magnin
Diffusion Judith Martin
Production et communication Raphaël Rodriguez
Technique Leo Garcia
Production : Dreams Come True Genève – Genève
Coproduction : Arsenic – Centre d’art scénique contemporain – Lausanne, Dampfzentrale Bern, Théâtre du GRÜ – Genève, La Bâtie – Festival de Genève
Coréalisation FRAC Alsace, Montévidéo – Marseille
Soutiens Ville de Genève, République et Canton de Genève, Fonds municipal d’art contemporain – Genève, Loterie Romande, Pro Helvetia Le Caire, Pro Helvetia – Fondation suisse pour la culture, Valiart Bern, Fondation Meyrinoise du Casino, Fondation Leenaards
Dispositif imaginé et financé par Pro Helvetia et CORODIS, Sélection suisse en Avignon reçoit le soutien de la Ville, de la Burgergemeinde et du Canton de Berne, de la Ville et du Canton de Fribourg, de la République de Genève, de la Ville de Lausanne, du Canton de Vaud ainsi que de la Société Suisse des Auteurs (SSA), de la Fondation Ernst Göhner, du Pour-cent culturel Migros, de la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature et du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) – Présence suisse.

Avignon Off 2017
La Manufacture
22h30
6-25 juillet 2017 (relâches les 10, 14 et 19 juillet)
2h45 (trajet en navette compris)
19,5€/13,5€/8€ (patinoire)
Le 12 juillet : intégrale avec un départ navette à 19h15
4h30 environ (repas et trajet en navette compris)
29.5 € / 23,5€ / 18 € repas inclus

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