Jean Varela humain très humain dans Tout passe

Marie Clauzade

photo – Marie Clauzade

Patrick Haggiag et Anaïs Pélaquier adaptent, pour la voix de Jean Varela, « Tout passe » de Vassili Grossman jusqu’au 19 mars au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. Plume du régime soviétique à son apogée, Grossman décède en 1964 en laissant ce roman-essai critique, porté ici sur scène. Lui qui a longtemps cru en la révolution russe, il a finalement passé les vingt dernières années de sa vie à le remettre en question.

Le jour du retour d’Ivan, un collègue resté enfermé 30 ans dans un camps de travail, le narrateur dresse un constat amer du régime idéal dont il est revenu. Il se rend compte des ravages du stalinisme après coup. Alors il questionne, analyse les motivations, il opère à l’examen de conscience de chaque Judas dont il se souvient, pour finalement laisser entendre que, comme le dit l’adage biblique, « Tout passe, et cela aussi passera » : les persécutions, les trahisons, les morts innocents victimes de délations abusives.

L’un des plaisirs saisissant de ce spectacle est de voir Jean Varela de retour sur les planches. Celui qui est aujourd’hui directeur de sortieOuest à Béziers et du Printemps des Comédiens de Montpellier est si occupé par des responsabilités (qu’il assure de main de maître !) qu’on ne l’avait pas vu sur scène depuis 2010. Il incarne dans « Tout passe » un narrateur profondément humain et débonnaire, parfois anxieux et souvent en colère, jouant une multiplicité de personnages d’un URSS post-Staline à la population forcément divisée. Le comédien met tant de générosité et une empathie si sincère dans ses personnages que toute l’intelligence humaine de Vassili Grossman transparaît de sa personne.

On est parfois dérouté par la forme du texte même, ni tout à fait roman, ni tout à fait discours. Jean Varela le dit vite, il l’expulse comme les derniers mots d’un homme à l’agonie qui ne veut pas partir sans avoir tout dit. Avec tant d’entrain, l’acteur ne s’incarne plus seulement lui-même, il est une société toute entière qui cherche à se reconstruire. Y parviendra-t-elle ?

Hadrien VOLLE – www.sceneweb.fr

TOUT PASSE
De Vassili Grossman Version scénique, mise en scène et scénographie
Patrick Haggiag, assisté d’Anaïs Pelaquier Lumières Christian Pinaud
Avec Jean Varela
Production Cie In situ, sortieOuest, coproduction domaine d’O
Durée : 1h30

Théâtre Gérard Philippe
4 Mars 2017 > 19 Mars 2017
du lundi au samedi à 20h30 – dimanche à 16h – relâche le mardi

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