Contagion pas très radicale

François Bégaudeau aime s’emparer des thèmes d’actualité pour les porter à la scène. On se souvient de La Devise, très aboutie dans la mise en scène de Benoit Lambert et qui a beaucoup tourné dans les lycées en Bourgogne. On est beaucoup moins friand de Contagion, pièce écrite à la demande de la metteuse en scène Valérie Grail.

Maxime est un lycéen qui passe son temps sur les réseaux sociaux à regarder des vidéos, comme la grande majorité des jeunes d’aujourd’hui. Il se laisse convaincre par les rumeurs et les fausses informations (les fake news en bon français). Son ancien professeur d’histoire vient au secours de son père un peu démuni pour tenter de briser la glace. Mais le jeune homme s’enferme dans ses certitudes et défend la théorie des complots ; le 11 septembre est un coup monté des États-Unis ; on ne dit pas la vérité sur les radiations à Fukushima… Bref on n’arrête pas de mentir au peuple.

Dans cette première séquence – Contagion, la plus aboutie du spectacle, Côme Thieulin est saisissant dans le rôle de Maxime, bonnet de laine vissé sur la tête, happé par ses écrans numériques. Une belle composition, son visage anguleux renforce le côté tranchant du personnage. François Bégaudeau analyse avec justesse la fracture générationnelle qui oppose les parents aux enfants. Les difficultés de communication semblent insurmontables. Maxime est conditionné par le flot incessant d’images qui défilent sous ses yeux, incapable de prendre du recul, pris au piège par tant d’informations. « Il y en a qui disent » répond-t-il à Stéphane (Raphaël Almosni), son ancien professeur, démuni et à court d’arguments. Ce face à face glacial est réussi.

La suite est beaucoup mois séduisante. Dans la séquence 2 – Radicalisation, le même professeur, Stéphane, rencontre FX, le rédacteur en chef d’un site internet qui cherche un rédacteur pour enquêter auprès de la jeunesse en banlieue. Stéphane explique qu’il ne sait plus vraiment parler aux adolescents, qu’il s’est peut-être lui aussi radicalisé à sa manière. La pièce bascule alors dans un dialogue entre deux adultes. Le fait de perdre la parole de la jeunesse tourne vite au bavardage. Les phrases sont téléphonées, François Bégaudeau enfonce des portes ouvertes qui ne se referment malheureusement pas dans la séquence 3 – Exfiltration. On assiste ici à la répétition d’un monologue par Stéphane, devenu acteur. Il est censé jouer un jeune radicalisé mais il n’y arrive pas. Et dans son écriture François Bégaudeau donne des bâtons pour se faire battre. « C’est pas habité » dit le metteur en scène « Qu’est ce que cette pièce apporte de plus qu’un documentaire ? » lui répond son comédien. Justement on se le demande. « Il y a des spectacles qui changent des vies » conclut Stéphane. Pas celui-là. En multipliant les modes de narration, François Bégaudeau perd le fil de son intention première, dans une mise en scène assez rudimentaire et peu originale. C’est dommage car il y a tant à dire sur ce sujet.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

CONTAGION de François Bégaudeau | Mise en scène Valérie Grail / Avec Raphaël Almosni et Côme Thieulin et la voix de Marie Thieulin / Scénographie Charlotte Villermet / Lumières Jean-luc Chanonat / Administration Catherine Arresteilles.
Partenaires : Ce texte est lauréat de la Commission nationale d’Aide à la création de textes dramatiques – Artcena. La pièce fait l’objet d’une commande de Valérie Grail à François Bégaudeau, elle est éditée aux Solitaires Intempestifs.
Une production de la Cie Italique conventionnée par le Conseil Régional d’Ile-de-France, en coproduction avec le Théâtre Paris-Villette, avec le soutien de la Maison des métallos, du CDN de Sartrouville, de la Ferme du Bel Ebat, du Conseil Général de Seine-Saint-Denis.
Durée: 1h30

du 6 au 18 juin 2017
THÉÂTRE PARIS-VILLETTE
PROGRAMMATION ARTEPHILE OFF 2017
du 7 au 28 juillet 2017, relâche les 12, 19 & 26
16h10
8 et 9 mars 2018
CDN – SARTROUVILLE

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