Abigail’s Party, soirée pourrie

Photo : Victor Tonelli

Photo : Victor Tonelli

Après le triomphe « The Servant » (Molière du Meilleur acteur pour Maxime d’Aboville et Prix de la Critique du Meilleur spectacle de Théâtre de Privé), Thierry Harcourt s’attaque, toujours au Théâtre de Poche, à une nouvelle pièce anglaise : « Abigail’s Party ». Le succès risque de ne pas être aussi fulgurant.

Beverly organise une soirée chez elle, son mari semble s’y plier, tout comme sa voisine, Suzanne. Un couple de nouveaux voisins arrive à la fête, plein de bonne volonté pour tenter de s’intégrer à un groupe social « supérieur ». Ce groupe d’individus, que rien ne relie si ce n’est la proximité géographique, subit les bévues et les impolitesses d’une maîtresse de maison qui prend l’excuse d’avoir des gens chez elle pour boire à outrance. Entre les adultes et les adolescents qu’on entend au loin, quelle « party » va le plus déraper ?

Pour donner corps à cette pièce, Thierry Hacourt reprend quelques éléments qui ont bien marché dans sa précédente mise en scène au Poche : un décor très réaliste et une pièce empreinte de mystère. Mais si The Servant connaissait une progression continue vers une inversion de situation d’une absurdité surprenante et d’un comique dévastateur, Abigail’s Party entretient un sentiment d’étrangeté, notamment dans le comportement des personnages, que l’on espère voir déboucher sur quelque surprise, mais celle-ci n’arrive jamais. La pièce s’achève comme elle devait se terminer : dans les hurlements et les petites catastrophes qui couronnent parfois une soirée beaucoup trop arrosée.

Le décalage raté est parfaitement incarné par Alexie Ribes. Jeune femme sincèrement désespérée dans The Servant, elle joue ici la voisine qui essaye de se fondre dans un monde qui n’est pas le sien. Pour cela, comme son hôte féminine, elle force les traits d’une hypocrisie marquée par un sourire figé de façade. Lara Suyeux, l’hôte en question, joue de la même manière, ce qui la rend décalée dans son décalage. Pire que son invitée : elle ne semble jamais à l’aise dans ce rôle de femme, pas vraiment méchante, mais cruelle pour tenter de valoriser son existence misérable. On est bien loin d’une vraie Desperate Housewife, même en forçant, ça ne vient pas. Seule sa principale victime, la mère d’Abigail, jouée par Séverine Vincent, semble croire un minimum à la situation.

Si l’on rit parfois au début de la pièce, au fur et à mesure que l’on s’aperçoit que le chemin ne mène nulle part, l’attente se fait de plus en plus longue. On est prisonnier d’une soirée ratée, où toutes les promesses qui semblent naître lorsque coulent les premiers verres, se retrouve bien vite épongée.

Hadrien VOLLE – www.sceneweb.fr

ABIGAIL’S PARTY de Mike LEIGH
Mise en scène : Thierry Harcourt
Adaptation : Gérald SIBLEYRAS
Avec : Cédric CARLIER, Dimitri RATAUD, Alexie RIBES, Lara SUYEUX, Séverine VINCENT
Costumes : Jean-Daniel VUILLERMOZ
Décor et accessoires : Marius STRASSER
Lumières : Jacques ROUVEYROLLIS
Son : Camille URVOY
Assistante aux lumières : Jessica DUCLOS
Assistante à la mise en scène : Stéphanie FROELIGER
Coproduction Théâtre de Poche-Montparnasse et Théâtre Montansier
En partenariat avec France 3 et A Nous Paris
Durée : 1h15

Poche Montparnasse
À PARTIR DU 31 JANVIER 2017 – 21h du mardi au samedi, dimanche 15h

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