Billy Budd : la calme tempête Deborah Warner à Madrid

photo - Javier del Real

photo – Javier del Real

Le Teatro Real a, depuis le 31 janvier, la primeur de la mise en scène de « Billy Budd » (de Benjamin Britten), par Deborah Warner. Réunissant d’importants moyens techniques et une distribution brillante, la création pourrait arriver à l’Opéra de Paris (qui en est coproducteur) pour la saison 2018-2019.

Billy Budd, dont le livret est d’Edward Morgan Forster et Eric Crozier, est inspiré d’une nouvelle d’Herman Melville. En deux actes, on assiste à l’histoire de William Budd, marin recruté de force sur « l’Indomptable » après le naufrage de son navire en 1797. Harcelé par le Maître d’Armes, qui pense voir en lui les germes de la Révolution qui a intoxiquée la France, il finira exécuté.

Deborah Warner respecte pleinement l’univers voulu par les premiers compositeurs de l’opéra : on est à bord de l’Indomptable (à l’exception de la scène d’ouverture et de fermeture, très dépouillées, où le capitaine du navire se remémore), un univers de cordes, de planches, de voiles et d’eau. Quelques ballots ça et là complètent cet univers de grisaille et d’embruns. La démesure dans l’espace vient des très nombreux choristes masculins – « Billy Budd » ne connaît aucune voix féminine dans sa partition. En harmonisant cette masse corporelle, Warner fait de celle-ci tour à tour une vague, le vent ou la force brute. Puis parfois, ils disparaissent, laissant sur scène seulement les quelques personnages principaux dans un dénuement d’artifices salutaire pour contraster avec les impressionnantes images de foules.

Somme toute assez classique, la mise en scène est servie par une belle distribution, notamment Brindley Sherratt dans le rôle de John Claggart – le maître d’armes – qui déploie ici toute la profondeur de basse puissante. Quant à Ivor Bolton, il dirige l’orchestre du Teatro Real avec justesse et vivacité dans une partition accidentée comme la mer agitée.

Bien avant de pouvoir voir ce « Billy Budd » faire étape à Paris, on retrouvera Deborah Warner dans un tout autre registre au Théâtre de l’Odéon au mois de mai pour Le Testament de Marie.

Hadrien VOLLE – www.sceneweb.fr

“Billy Budd” de Benjamin Britten
Opéra en deux actes
Livret d’Edward Morgan Forster et Eric Crozier, d’après la nouvelle d’Herman Melville
Directeur musical : Ivor Bolton
Mise en scène : Deborah Warner
Avec : Jacques Imbrailo, Toby Spence, Brindley Sherratt, Thomas Oliemans, David Soar, Torben Jürgens, Christopher Gillett, Ducan Rock, Clive Bayley, Sam Furness, Francisco Vas, Manel Esteve, Gerardo Bullón, Tomeu Bibiloni, Borja Quiza, Jordi Casanova, Isaac Galán.
Scénographie : Michael Levine
Costumes : Chloé Obolensky
Lumière : Jean Kalman
Chorégraphie : Kim Brandstrup
Vidéo : Alvaro Luna
Directeur des choeurs : Andrès Máspero
Directeur des choeurs des Petits chanteurs : Ana González
Nouvelle production du Teatro Real (Madrid), en corproduction avec l’Opéra National de Paris, l’Opéra National de Finlande (Helsinki) et le Teatro dell’Opera di Roma
Durée : 3h15 (avec entracte)

Teatro Real – Madrid
Du 31 janvier au 28 février

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