Cyril Teste : « Avec Festen, le théâtre invite le cinéma à sa table »

Le film culte de Thomas Vinterberg est adapté au théâtre par Cyril Teste et le collectif MxM. Un savant dosage entre théâtre et cinéma. Un spectacle imposant dans sa forme, maîtrise de bout en bout, avec une forte intensité dramatique. Rencontre avec le metteur en scène.

Quelles sont les contraintes d’un spectacle comme Festen qui mêle théâtre et cinéma ?

C’est déjà une performance filmique car on réalise un film en temps réel qui se joue au plateau. On s’est rajouté la contrainte du repas qui est réalisé en temps réel également dans la cuisine, il a été imaginé par Olivier Théron. On a aussi travaillé sur les fragrances avec un dispositif olfactif. Ce sont des savoir-faire différents qui se rassemblent chaque soir et dialoguent ensemble pour écrire ce projet qui n’est pas loin du happening fragile. Cela fait partie de Festen qui est du funambulisme.

Tout le monde connaît le film, le scénario, et malgré cela, on parvient à être surpris, même pendant les scènes clés.

Thomas Vinterberg a écrit un chef d’œuvre en 1998, il est lié à l’époque, à l’arrivée des caméscopes où chacun peut devenir réalisateur. Il construit son récit avec une dynamique particulière inhérente à la technologie. Moi je suis parti sur un principe plus lent où le théâtre reprend ses droits car Festen est avant tout une pièce de théâtre avant d’être un film. Le théâtre invite le cinéma à sa table. Il y a une lecture cachée, tout Hamlet est présent. Christian est comme ce héro danois. Vinterberg est le nom de l’université d’Hamlet. Chez Shakespeare il y a un mariage après un enterrement, ici c’est un anniversaire. Il y a un fantôme qui erre et qui ne demande qu’à être libéré. Cela me permet de ne pas faire un Nobody bis.

Il y a d’ailleurs plus de théâtre que dans Nobody.

Le rapport avec le public n’est pas le même. Déjà dans Nobody, il y avait une vitre. Ici le héros a besoin du public pour puiser la force et dire sa vérité. Festen a eu une résonance en 98 par rapport à la montée du nationalisme au Danemark et les sujets traitent d’une société s’est bâtie sur de mauvaises bases.

Et parmi les sujets, il y a les violences faites aux enfants, aux femmes, on est dans l’actualité.

On commence à dire les choses. Le déni est violent. Festen est une réconciliation. La meilleure façon de faire comprendre à celui qui vous humilie c’est lui montre qu’il y a eu atteinte à la dignité. On parle d’inceste, on parle de la violence faire aux femmes. Il y a des thématiques sur les classes sociales, sur le racisme. Tout le monde en prend pour son grade. Christian est maladroit. Petit à petit cet Hamlet devient un héros, il est porté par les autres. Il commence seul et finit avec tout le monde.

L’image permet de créer des illusions et de faire revenir sur le plateau celle qui n’est plus là, Linda.

Elle est là et elle n’est pas là. Pourquoi Christian vient raconter cette histoire le jour des 60 ans de son père ? Parce qu’il a besoin que sa sœur s’en aille. Est-ce que nous sommes hantés par les fantômes ? Ou est ce qu’on ne souhaite pas qu’ils s’en aillent ?

Propos recueillis par Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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