Dans Nos éducations sentimentales, Sophie Lecarpentier mêle Flaubert et Truffaut

J’aime au théâtre que l’on me raconte une histoire. Que des personnages m’emmènent avec eux, dans leur vie, le temps de la représentation. La vie de Frédéric Moreau est une belle histoire, avec des sursauts, du suspens, des péripéties, mais aussi du quotidien, de l’ennui, des gouffres. En ce sens, elle porte en elle le sel dramaturgique d’une pièce de théâtre.

Notre projet n’est pas d’adapter un roman, mais de le prendre comme support à notre imaginaire.
Nous avons donc travaillé avec nos souvenirs et nos émotions, y mêlant Truffaut, Rohmer, Yourcenar, Rilke…
Flaubert est présent sous différentes formes :
– dans la trame générale du spectacle : et l’on retrouve Frédéric, le couple Arnoux, Deslauriers, l’ami d’enfance. En arrivant à Paris, Frédéric tombe amoureux fou de Marie Arnoux, La femme Inaccessible ; Deslauriers vient le rejoindre à Paris ; Alors, ensemble, ils cherchent comment s’inventer un destin…
– dans l’écriture de la pièce : nous avons malaxé, fouillé, inspecté avec la « curiosité d’un commissaire priseur », les romans et les scenarii, les différents textes préparatoires de Flaubert, – Jules et Henry, le premier roman qui porte déjà en lui le germe de son grand œuvre ; la première éducation sentimentale – et évidemment L’Education Sentimentale. Des bribes réapparaissent dans la pièce.
– dans la construction du récit : notre Frédéric, avec la même complaisance émouvante que celui de Flaubert, (…) devient le fil directeur de l’histoire ; les autres personnages, enfants spirituels des héros du livre, créent la fresque contemporaine, par leurs réflexions et choix générationnels ; une voix off, enfin, avec les mots de Flaubert, accélère le temps et nous emporte dans un univers romanesque et cinématographique.
– enfin et surtout dans le plaisir de dresser un portrait d’une génération, portrait partial, orienté, non exhaustif, mais précis, vrai, et ironique. Portrait de petites histoires de vies sur fond de grande Histoire d’un pays. Juxtaposition toute flaubertienne d’un quotidien narcissique et de la fresque de notre époque trouble.

Les acteurs deviennent moteurs et instruments narratifs

En premier lieu, j’ai sélectionné dans le texte de Flaubert les passages dont l’écriture et le propos me semblaient incontournables… une sorte de trame narrative au fort potentiel d’évocation et de jeu scénique. Je me suis focalisée sur le rapport aux femmes, la force de l’amitié, et le parallélisme entre l’histoire et l’Histoire, en gardant précieusement l’alternance des rythmes et l’absence de linéarité dans la temporalité. Flaubert disait que deux bonhommes se disputaient en lui, l’exact et le lyrique. Notre travail respecte cette dualité en jonglant avec la fidélité et la liberté.

Puis nous nous sommes retrouvés sur un plateau. Les acteurs sont devenus moteurs et instruments narratifs. Le roman a disparu, laissant une trame, un chemin. Des personnages ont grandis, descendants de ceux de Flaubert, des filiations se sont tissées. Au cours du travail, nous avons gardé la fibre sensibles et comique, et stylisé le réel dans une écriture résolument littéraire et contemporaine.

Quelques accessoires et le pouvoir illimité de l’imaginaire

Le rythme est rapide ; la scénographie minimale mais évocatrice (un livre ouvert ou une page blanche, espace de l’imaginaire; quelques rideaux permettant de dessiner différents espaces et quelques accessoires, évocateurs) permet de voyager, d’un lieu à un autre, dans le récit d’un destin, dans l’invention, pas à pas, d’une vie.
(…) Il y a des chansons, il y a des douches et des piscines, de riches salons contemporains et de petites mansardes… L’espace et le temps (…) se compressent et se dilatent au gré de la subjectivité des personnages. La scène est un espace de jeu dans lequel l’errance de l’un s’additionne à la colère sulfureuse de l’autre. Ces fragments de vie nous convient à une déambulation sensible au coeur de l’existence, dans un curieux voyage mêlant la littérature et la fiction.

Note d’intention de Sophie Lecarpentier.

Nos éducations sentimentales
Texte & mise en scène Sophie Lecarpentier
Librement inspiré de L’Education sentimentale de Flaubert et de Jules et Jim de Truffaut
La Compagnie Eulalie (Seine Maritime)

Avec Stéphane Brel, Anne Cressent ou Valérie Blanchon, Xavier Clion, Vanessa Koutseff, Solveig Maupu, Julien Saada et la voix de Frédéric Cherboeuf.
Avec la participation exceptionnelle, amicale et vocale de Colette Nucci

Création sonore Christophe Sechet, Lumières, vidéo et régie générale Marinette Buchy, Costumes Solveig Maupu Scénographie Charles Chauvet

Production Compagnie Eulalie. Coproductions Scènes du Golfe / Scène conventionnée de Vannes, Le Théâtre / Scène Nationale de Mâcon et le Théâtre 13 / Paris. Avec le soutien de la DRAC Normandie, la Région Normandie, la Ville de Rouen, la SPEDIDAM, l’ADAMI, l’ODIA Normandie, l’Espace Philippe Auguste de Vernon, la salle de spectacle de Conches-en-Ouche. Résidences de création Théâtre Paris-Villette, le Grand Parquet et Théâtre13 / Paris. Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

2h10 sans entracte, conseillé à partir de 12 ans

Théâtre 13 / Jardin
11 janvier ▸ 18 février 2018
du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h – relâche le lundi

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