Le Don Juan errant de Jacques Osinski

photo Pierre Grosbois

La mise en scène feutrée de Jacques Osinski colle parfaitement à l’esprit de la pièce de Ödön von Horváth, écrite dans une période tourmentée de l’histoire de l’Europe, menacée par les nazis. C’est volontairement glacé et malheureusement parfois ennuyeux.

Dans Don Juan revient guerre on croise beaucoup de personnages féminins (au nombre de 35), des danseuses, des serveuses, des artistes, des infirmières, des prostituées, toutes attirées par la fragilité et la beauté contenue de Don Juan, soldat malade de retour de la première guerre mondial. Ce n’est plus l’homme rayonnant qu’il a été, mais il continue d’opérer un certain charme. Alexandre Steiger incarne un Don Juan taciturne qui traverse les scènes tel un fantôme à la recherche de la jeune fille qu’il a quittée avant de partir au combat.

Alexandre Steiger photo Pierre Grosbois

La pièce de Ödön von Horváth est une succession de courtes scènes. Jacques Osinski a choisi de les faire jouer lentement. Le climat est souvent pesant. Dans un décor volontairement triste aux couleurs froides composé de deux pièces d’un appartement parfois caché par un voilage, les comédiennes se croisent dans un grand recueillement. Don Juan erre au milieu de ses conquêtes féminines mais il n’a qu’une seule envie, retrouver celle qu’il a aimé. Il n’exprime aucun sentiment.

Le spectacle est d’une froideur inouïe. On parvient à s’acclimater petit à petit à l’atmosphère feutrée et glaçante de ce monde de fin de guerre où il règne finalement peu d’espoir. Ödön von Horváth écrit la pièce en 1935. Il subit les pressions du gouvernement national-socialiste qui a le classe parmi “les auteurs dégénérés“.

On n’a pas totalement été emballé par le spectacle en dent de scie tout en reconnaissant le travail dramaturgique qui respecte à la lettre l’esprit de la pièce. Dans la dernière partie, Jacques Osinski joue plus sur la transparence du décor. C’est un peu plus convaincant et moins systématique que dans la première heure lorsque le rideau s’ouvre et se ferme dans l’enchaînement des séquences pas toujours très bien jouées. La dernière scène de Don Juan au chevet de la jeune fille aimée, dans une chambre ouverte au vent et à la neige laisse passer l’émotion. Il pleure enfin de douleur.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

DON JUAN REVIENT DE GUERRE

de Odon von Horvath

nouvelle traduction de Hélène Mauler et René Zahnd (L’Arche Editeur)

mise en scène Jacques Osinski

avec Caroline Chaniolleau, Noémie Develay Ressiguier, Jean-Claude Frissung, Delphine Hecquet, Agathe Le Bourdonnec, Alice Le Strat, Alexandre Steiger

Création du Centre dramatique national des Alpes – Grenoble

Production

L’Aurore boréale

Durée: 1h50

à la MC2 de Grenoble

du 14 janvier au 1er février 2014

Reprise à Paris, à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet

du 2 au 18 avril 2015

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