François Rancillac cherche la faute et trouve l’altérité

Photo Patrick Berger

Au Théâtre de l’Aquarium, François Rancillac s’appuie sur les travaux de la psychanalyste Marie Balmary pour réinterpréter les trois premiers chapitres de la Genèse. En émane une étonnante lecture laïque qui prône la réconciliation et ébranle les certitudes.

« Hé oh, vous venez, ça fait bien dix minutes qu’on vous attend ! ». Au Théâtre de l’Aquarium, à 20 heures, sonne l’heure de la reprise. Hélés par François Rancillac, les spectateurs sont invités à pénétrer dans la petite salle transformée en un vaste club de lecture. Sur les tables autour desquelles chacun prend place, trônent des bouteilles d’eau entamées, des gobelets de café à moitié vide et toute une collection de livres disséminés çà et là. On y reconnait La Bible, Être juif d’Emmanuel Levinas ou encore La divine origine, Dieu n’a pas créé l’homme de Marie Balmary. Rien d’étonnant puisque c’est sur ce dernier ouvrage que François Rancillac s’est appuyé pour élaborer « Cherchez la faute ! ».

Au menu de cette réunion de travail : l’étude des trois premiers chapitres de la Genèse. Armés d’un dossier qui contient le texte en hébreu et différentes traductions, les lecteurs spectateurs suivent la voie tracée par quatre lecteurs comédiens, Danielle Chinsky, Daniel Kenigsberg, Frédéric Révérend et François Rancillac lui-même. Leur cheminement les conduit vers l’épisode du jardin d’Eden. On croyait ne rien pouvoir apprendre de ce passage connu par tous, tant il matrice la majorité des religions monothéistes et, par capillarité, les règles de vie des sociétés occidentales. Et pourtant, la relecture proposée par Marie Balmary l’éclaire d’un jour nouveau. En s’appuyant sur la traduction très littérale d’André Chouraqui, la psychanalyste interprète pour mieux déconstruire, et aller à l’encontre de ces certitudes historico-religieuses présentées comme la seule et unique vérité.

Il n’est alors plus question d’aborder ce mythe fondateur d’un point de vue moral, de débusquer les pêcheurs, de chercher les motivations des fauteurs. Il ne s’agit pas non plus de substituer une vérité auto-proclamée à une autre mais de proposer une interprétation – qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses – parmi « l’infinité de lectures » que peut susciter un texte comme la Bible. Marie Balmary, et François Rancillac dans son sillage, veulent s’extraire des guerres de clans qui font tant de ravages et se transforment en tentatives d’absorption de l’autre et de sa pensée. Créé en 2003, le spectacle forgé sur cette acception est plus que jamais criant d’actualité.

Sans verser dans le cours théologique, ce travail de relecture va au-delà du simple commentaire de texte lénifiant. Plus que les implications religieuses dont il n’a que faire, il cherche à en décoder les conséquences sociales et sociétales. C’est là que réside le tour de force opéré par Françoise Rancillac : à partir d’un matériau confessionnel, le metteur en scène construit une analyse laïque. Les allergiques au religieux comme les croyants de toute confession pourront s’y retrouver. Le spectacle parvient à tenir sur cette fine ligne de crête, celle qui tient à distance l’homélie qui pourrait heurter et le blasphème qui pourrait blesser.

Au contraire, c’est bien un théâtre de la conciliation, voire de la réconciliation qui se fait jour. Le metteur en scène mêle le geste théâtral à l’analyse textuelle. En jouant des contradictions entre les différents points de vue de ses comédiens, il entend prouver que c’est de l’altérité que naît la grandeur, de la communauté des spectateurs rassemblés et invités à débattre à l’issue de la représentation, avec leurs convictions et leur singularité, que germe la richesse.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Cherchez la faute !
d’après La Divine origine / Dieu n’a pas créé l’homme de Marie Balmary (Ed. Grasset & Fasquelle / Livre de Poche)
adaptation et mise en scène de François Rancillac
avec Danielle Chinsky, Daniel Kenigsberg, Frédéric Révérend et, en alternance, François Rancillac ou Fatima Soualhia Manet
Production Théâtre de l’Aquarium, avec le soutien d’Arcadi Île-de-France.
Le spectacle a été créé le 13 octobre 2003 à La Comédie de Saint-Étienne/CDN et représenté notamment au Théâtre Paris-Villette en 2007.
Jauge réduite de 70 personnes maximum.

Durée 1 h + débat

Théâtre de l’Aquarium
Du 12 au 23 décembre 2017, puis du 9 au 21 janvier 2018
du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Puis, en tournée :
Le Granit, Scène nationale de Belfort > 15 janvier 2018
Théâtre de la Madeleine (Troyes) > 23 & 24 janvier
Théâtre Francis-Planté (Orthez) > 30 janvier
Maison des Arts du Leman (Thonon-les-Bains) > 2 & 3 février
Panta théâtre (Caen) > 8 & 9 février
La Filature (Mulhouse) > 15, 16, 17 février
Théâtre de Lisieux > 22 février
Olympia – CDN de Tours > 13 au 17 mars
Le Quai, CDN Angers – Pays de la Loire > du 22 au 25 mai
Théâtre Victor Hugo à Bagneux > 13 juin

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