Avignon mordu par la “Tigern” de Sofia Jupither

Tigern © Urban Joren

© Urban Joren

Créé à septembre 2015 au Dramaten de Stockholm, Tigern est une belle surprise du Festival d’Avignon. Si pour l’instant aucune tournée en France n’est prévue, espérons que l’accueil chaleureux du public a été communicatif aux instances programmatrices et permettra à cette équipe suédoise de haut vol d’être désormais connue du public hexagonal.

« Tigern » est d’abord une tigresse de Sibérie qui s’est échappée du zoo d’une ville européenne moyenne un matin et qui sera abattue autour de 14h. La pièce est une enquête visant à reconstituer la fuite de « l’individu » heure par heure, jusqu’à sa mort qui ne semble pas émouvoir grand monde… Les témoignages se suivent alors dans un espace neutre, chacun leur tour, ceux qui l’ont croisée racontent leur expérience. Parfois sincère, parfois biaisée, l’expérience de chacun permet au public de se forger une idée de qui était la « disparue ».

Hilarant à souhait, ces témoignages qui émanent d’un couple d’alcoolique, d’un chauffeur de taxi, d’un banquier ou encore d’un groupe de moineaux dont plusieurs ont été croqués par la tigresse, sont drôles avant tout pour l’anthropomorphisme qu’ils projettent sur l’animal. Chacun dit, avec foule de détails, comment le félin a influencé son existence. La théâtralité des acteurs est assez discrète, ornée d’un certain réalisme à la manière des acteurs des films de Stéphane Brizé, en interaction directe avec le spectateur.

Les accusations qui lui sont portées pourraient être celles, gratuites, faites à des étrangers. Certains disent que la tigresse « cherchait à s’intégrer ». Cela explique pourquoi certains témoins semblent se voir dicter leur expérience par un monsieur en costume, un homme politique ?

Outre un sujet d’actualité, Sofia Jupither opère une mise en scène qui marque d’abord par sa simplicité. Les acteurs sont là, face à nous, en pleine lumière, se déplaçant librement. Puis, les quinze dernières minutes prolongent l’absurdité du discours dans les images. Le noir se fait, un acteur partage quelques réflexions sur la représentation de soi face aux autres, puis les animaux du zoo viennent à leur tour témoigner, se déplaçant comme échappés d’une création de Philippe Quesne, le comique de la situation n’en est que plus fracassant. Commentant leurs vies en cage, ils reprochent à demi-mot : « au zoo, les gens veulent te rendre visite, mais ils ne veulent pas que toi tu leur rendes visite ». Belle sagesse animale qui, par son sens, n’a rien à envier à une morale de La Fontaine.

Hadrien VOLLE – www.sceneweb.fr

La Tigresse de Gianina Carbunariu
Traduction française : Alexandra Lazarescou
Mise en scène : Sofia Jupither
Scénographie : Erlend Birkeland
Costumes : Maria Geber
Lumière : Ellen Ruge
Masques : Gunilla Petterson
Son : Hobi Jarne
Avec : David Fukamachi Regnfors, Fredrik Gunnarson, Anders Hambraeus, Åsa Persson, Jonas Sjöqvist
Production : Jupither Josephsson Theatre Company
Coproduction : Royal Dramatic Theatre Stockholm, Malmö City Theatre, Folkteatern Gothenburg, Riksteatern and Örebro Länsteater, Festival d’Avignon
Avec le soutien du Kulturbryggan, PostkodLotteriets Kulturstiftelse, Stockholm City Council, Kulturrådet, ProSuecia Foundation, Institut culturel suédois, Institut culturel roumain, et du programme Culture de l’Union européenne dans le cadre de Villes en scène/Cities on stage
La Tigresse de Gianina Cărbunariu, traduction de Alexandra Lazarescou est publié aux éditions Actes Sud-Papiers.
Spectacle en suédois surtitré en français et en anglais.

Durée : 1h15

Avignon 2016
Théâtre Benoît-XII
Du 13 au 17 juillet à 18h

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