Claudia Stavisky noircit les affaires de Mirbeau

photo Julien Gosselin

photo Julien Gosselin

Claudia Stavisky replace dans l’actualité la pièce d’Octave Mirbeau. Les affaires sont les affaires n’ont pas pris une ride. Isidore Lechat est un formidable prédateur. Un industriel, magnat de la presse qui manipule les politiques. Sur le plateau, le spectacle est encore très fragile et l’interprétation manque un peu de folie.

Le château d’Isidore Lechat est ouvert au vent. Trois portes fenêtres laissent entrer le crépuscule dans le salon tout en boiserie. L’espace épuré du scénographe Alexandre de Dardel n’écrase pas le plateau. Les personnages peuvent alors se dessiner, à commencer par Madame Lechat, formidable Marie Brunel en grande bourgeoise aveuglée par la folie des grandeurs de son flambeur de mari. « Si ton père était une canaille, est-ce qu’il serait l’ami d’un ministre ? » lance-t-elle à sa fille (Lola Riccaboni) qui a tout compris des entourloupes de son père. On rit à cette première banderille de l’anarchiste Octave Mirbeau.

Pour Isidore Lechat un journal est un levier, il dirige l’opinion, lui qui avoue n’avoir jamais rien lu. Il veut tout y compris les terres de son voisin. Il y un peu de Serge Dassault, de Bernard Tapie et de Silvio Berlusconi dans le personnage incarné par François Marthouret. Claudia Stavisky a parfaitement bien adapté le texte au contexte contemporain en mettant en évidence les liens entre la politique, la presse et la finance. Au point d’oublier totalement que la pièce a été écrite en 1903.

Mais sur le plateau le rythme est lent. Les situations même les plus cocasses manquent de piment. On esquisse des sourires. L’aspect comique des personnes est gommé par une noirceur cynique. Le drame psychologie l’emporte sur la farce pamphlétaire. Le côté malsain et autoritaire d’Isidore Lechat est bien incarné par François Marthouret, mais son jeu hésitant finit par donner de la compassion au personnage alors qu’on devrait le haïr. L’ensemble de ce spectacle est encore très fragile malgré une très belle distribution avec Eric Caruso dans le rôle du Marquis, Eric Berger dans celui de l’amant de la fille Lechat et Fabien Albanese, le fils Lechat, en blond peroxydé qui va emporter dans un accident de voiture tous les secrets sur sa sexualité libérée.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Les affaires sont les affaire d’Octave Mirbeau
D’Octave MIRBEAU
Mise en scène Claudia STAVISKY
Avec
Fabien Albanese – Xavier Lechat
Éric Berger – Lucien Garraud
Stéphane Olivié-Bisson – Phinck
Marie Bunel – Madame Lechat
Geoffrey Carey – Comte de la Fontenelle, intendant
Éric Caruso – Marquis de Porcellet
François Marthouret – Isidore Lechat
Lola Riccaboni – La fille Lechat
Alexandre Zambeaux – Gruggh
Scénographie : Alexandre de Dardel
Lumières : Franck Thévenon
Son : Jean-Louis Imbert
Vidéo : Laurent Langlois
Costumes : Lili Kendaka
Assistante mise en scène : Julie Guichard
Production : Célestins – Théâtre de Lyon
Coproduction : Théâtre de Carouge – Genève, Théâtre du Gymnase – Marseille, Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
Avec le soutien du Grand Lyon, la métropole
Spectacle disponible avec surtitrage anglais et audiodescription pour public aveugle et malvoyant.
Durée: 1h55

Création au Théâtre des Célestins à Lyon
DU 1ER AU 26 MARS 2016
3 – 7 MAI 2016
La Coursive – La Rochelle
> 30 mars et 1er avril, 20h30
> 31 mars, 19h30
Théâtre du Gymnase – Marseille
> 05, 07, 08 et 09 avril, 20h30
> 06 avril, 19h
Théâtre de Namur
> 10 au 13 mai, 20h30
Théâtre de Privas
> 19 mai, 19h30
> 20 mai, 20h30
Comédie de Picardie – Amiens
> 25 et 28 mai, 19h30
> 26 et 27 mai, 20h30

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