A vouloir nous rendre aveugles, Mouawad nous perd de vue

 © Pascal Gely

© Pascal Gely

Après « Seul », Wajdi Mouawad qui est au cœur de sa première année à la direction de La Colline propose au public une autre reprise de l’un de ses spectacles, « Les Larmes d’Œdipe ». Un spectacle à l’esthétique très marquante, mais qui nous perd par son extrême lenteur.

« Les Larmes d’Œdipe » est une adaptation par Mouawad d’ « Œdipe à Colonne » de Sophocle. Il fait se rencontrer le héros grec mourant, accompagné de sa fille Antigone, avec un homme vivant la crise grecque de 2008, proche d’une Athènes en proie aux émeutes, au cœur d’un théâtre en ruines.

L’idée est bonne, le dialogue fonctionne bien. Mais la lenteur inhérente aux choix de mise en scène nous perd parfois. Le spectateur est plongé dans le noir, tantôt derrière une paupière baissée, tantôt devant. Ce dispositif scénographique étonnant a pour effet de plonger la salle dans une quasi pénombre tout au long du spectacle, ne laissant voir que la silhouette des personnages. Les acteurs font preuve d’une économie de mouvements qui prive un peu plus la pièce de tout dynamisme.

Le spectacle nous laisse donc une étrange impression. On est à la fois happé par l’esthétique marquante qui, par sa forme, prend l’apparence d’une véritable création plastique, mais on est perdu par le rythme imposé. L’expérience sensorielle manque aussi de profondeur, on ne voit pas, certes, mais on ne sent rien : ni le vent, ni les alentours d’Athènes. On est donc privé d’un sens, sans qu’on donne des outils aux autres pour qu’ils se développent expressément. Nos yeux voient à peine, mais notre esprit a le champ libre pour errer…

Hadrien VOLLE – www.sceneweb.fr

Les Larmes d’Œdipe d’après Sophocle
texte et mise en scène Wajdi Mouawad
avec Jérôme Billy, Charlotte Farcet, Patrick Le Mauff
assistanat à la mise en scène Alain Roy
scénographie Emmanuel Clolus
lumières Wajdi Mouawad, Éric Champoux
assisté d’Éric Le Brec’h
musiques originales Jérôme Billy, Michael Jon Fink
réalisation sonore Michel Maurer
lumières Sébastien pirmet
costumes Emmanuelle Thomas
son Jérémie Morizeau
La Colline
en coproduction avec Au Carré de l’Hypoténuse-France, Abé Carré Cé Carré-Québec compagnies de création
coproduction Le Grand T théâtre de Loire-Atlantique, Mons 2015 – Capitale européenne de la culture, Mars-Mons arts de la scène, Théâtre de Namur
avec le soutien de l’École d’architecture de Nantes
Grand Théâtre durée 1h35

Théâtre National de la Colline
du 23 Mars au 2 Avril 2017
du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30

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