Michel Didym : « Molière a été sauvé car le Roi avait de l’humour ! »

Michel Didym photo Eric Didym

Créé en 2015 à Nancy et après une longue tournée, le Malade Imaginaire dans la mise en scène de Michel Didym arrive enfin à Paris au Théâtre Déjazet grâce à la programmation concoctée par Jean-Louis Martinelli. Habitué à dénicher les textes contemporains, le directeur du CDN de Nancy explore pour la première fois de sa carrière un classique avec une distribution magnifiquee.

C’est donc la première fois que vous vous attaquez à Molière et à une pièce classique

C’est un bonheur, j’ai fait comme si c’était une pièce contemporaine. Il y a beaucoup de plaisir en tant que metteur en scène français à monter Molière. Nos ancêtres ont travaillé pour décloisonner nos consciences. Molière a souffert de l’injustice. On le méprisait, on jetait des pierres sur les spectateurs. Il a frôlé la prison. Dieu soit loué : le Roi avait de l’humour. C’est ce qui l’a sauvé. Notre génie français c’est d’avoir su siècle après siècle, grâce aux lumières, grâce à Voltaire, rire des puissances et caricaturer les croyances pour arriver à une séparation claire de l’église et de l’État. Ma satisfaction tous les soirs est de voir des jeunes et des moins jeunes redécouvrir Molière et de partager le goût de cette langue incroyable. Le théâtre est le lieu où l’on apprend à être vrai et dans la vraie vie, il y a beaucoup de théâtre.

Dans cette pièce Molière est très lucide car à un moment il se moque de lui

C’est très novateur. Le frère dit au malade : « Pour vous changer les idées je vais vous emmener voir une pièce de Molière ! ». Il lui répond : « C’est un beau nigaud que votre Molière ! Je voudrai bien qu’il soit malade, à l’agonie ». Il dit cela de lui-même. C’est une mise en abime. C’est la marque de son génie et le pressentiment de ce qui allait lui arriver car on le sait il décède le soir de la quatrième représentation en 1673.

Tout se passe autour de ce fauteuil, élément essentiel de la pièce qui trône au milieu d’un espace nu très ouvert et les comédiens jouent avec le fauteuil.

Je suis parti de cet accessoire avec ses grandes oreilles. Il est suffisant. Il faut faire ensuite confiance à la langue et qu’elle impose sa loi. Cet espace permet au public de se réapproprier le sens. Et finalement le théâtre est l’endroit où Molière nous apparait dans sa singulière beauté et dans sa fracassante actualité.

Et dans cette pièce vous avez modernisé les intermèdes

Il s’était beaucoup battu pour les conserver. La comédie ballet était pour lui l’invention du premier opéra français. Il était en conflit avec son vieil ami Lully qui lui interdisait d’utiliser plus de trois musiciens et de six chanteurs. Il a été contraint de réduire ses prologues et ses ambitions pour faire un mini opéra. Et il a fait appel à Charpentier qui écrivait des musiques savantes. En conservant les textes de Molière, Philippe Thibault a composé des musiques d’aujourd’hui.

Et puis la scène de fin est totalement macabre, c’est une sorte de messe noire.

Oui c’est macabre et funèbre. Le médecin est dans une parodie franc-maçonne. On rappelle le destin de Molière. La mort est quelque chose qui nous fait peur, qui nous attire et qui nous révulse et pour laquelle tant de personnes se jettent à bras ouverts dans la religion et dans le mysticisme. La peur de la mort est naturelle mais notre impatience nous pousse sans réfléchir à nous jeter tête baissée dans le premier piège venu. Avec de la distance, tout en considérant que l’idée de Dieu est rassurante, on peut avoir de la considération pour ceux qui notre passage sur terre est essentiel et pour qui le bonheur, c’est tout de suite et maintenant.

Propos recueillis par Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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