Michel Fau : « Quand j’entre en scène je suis dans un état second face à Michel Bouquet ! »

Michel Fau et Michel Bouquet photo Bernard Richebé

C’est le spectacle le plus attendu dans le théâtre privé en cette rentrée 2017, Tartuffe avec Michel Fau et Michel Bouquet au Théâtre de la Porte Saint-Martin. L’élève dirige celui qui a été son professeur. Rencontre avec le metteur en scène, et le comédien.

Depuis quand aviez-vous en tête ce Tartuffe avec Michel Bouquet ?

En fait c’est lui qui m’a dit que je devrais jouer Tartuffe. Il l’avait joué dans les années 70. Je lui ai répondu que si je jouais Tartuffe, il faudrait qu’il fasse Orgon parce que c’est le grand rôle de la pièce. Molière jouait Orgon. On a trouvé le Théâtre de la Porte Saint-Martin pour produire le spectacle qui est très lourd avec beaucoup de comédiens sur scène. Je souhaitais le faire avec les costumes de Christian Lacroix dans un décor opératique.

On est dans une ambiance baroque avec ce décor posé dans le théâtre dont on voit les murs de fond de scène, comme si l’on était dans une cathédrale désossée et abandonnée.

Absolument, on est à la fois dans une cathédrale et au théâtre. On est dans un théâtre poétique, farcesque et violent. On souhait mettre en valeur le côté outrancier du cérémonial catholique du 17ème siècle. L’église était puissante et riche. Elle était fastueuse et vaniteuse. Orgon est austère tandis que Tartuffe se prend pour l’antéchrist. Il parodie le saint. Il est diabolique et blasphématoire et parodie tous les codes de la religion catholique.

Et les deux personnages s’opposent dans des costumes de Christian Lacroix aux couleurs prononcées. Orgon est en noir, Tartuffe est en rouge.

Dans la première version de Tartuffe qui avait scandale, Molière était habillé en ecclésiastique. Avec Christian Lacroix on s’est dit que ce soit bien qu’il se déguise en évêque. C’est comme dans un film de Fellini ou dans la série The Young Pope avec Jude Law. C’est vraiment le diable qui essaye de faire réagir Dieu. La pièce parle de Dieu, du désir et du pouvoir du père et du Roi. Le Roi a sauvé Molière, c’est pour cela qu’il lui rend hommage à la fin de façon emphatique.

La pièce permet de forcer le trait des personnages.

Et je pense même que l’on est en dessous de ce que devait faire Molière car il y avait chez lu le mélange de la tragédie baroque et la farce de tréteaux que l’on jouait sur les places.

L’une des scènes très importantes est celle de la table. Orgon caché découvre la vraie personnalité de Tartuffe. Ici elle est à vue. On voit Orgon sous un autel.

Le spectateur regarde Orgon observer la scène. Il voit l’enfer, il voit le diable alors qu’il n’y croyait pas. Il est bouleversé, égaré et tout s’écroule. Cette table est celle du sacrifice, un autel où la pureté d’Elmire est sacrifiée.

Est-ce que c’est un plaisir de jouer avec Michel Bouquet ?

J’ai une pression énorme. Le spectacle est lourd. Mon égo de metteur en scène se calme car je dois aller sur scène. Tartuffe n’arrive qu’une heure après le début du spectacle. Quand j’entre en scène je suis dans un état second. La grande scène de l’acte III avec Michel est vertigineuse.

Propos recueillis par Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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