Wajdi Mouawad porte la parole de la France et de la Francophonie au salon de Francfort

La France est l’invitée d’honneur du salon de Francfort, le premier rendez-vous mondial de l’édition, avec quelque 7.150 exposants de 106 pays. Cette présence “symbolise la proximité entre l’Allemagne et la France, et leur engagement en faveur d’une Europe forte et unie”, s’est félicité le directeur de la foire, Jürgen Boos, “la culture est la bonne approche pour renforcer le projet européen, c’est plus facile que de commencer avec l’économie”.

La France, pays invité pour la première fois depuis 1989, est présent en force avec près de 200 auteurs de l’Hexagone mais aussi des pays francophones, dont Michel Houellebecq, le prix Nobel J.M.G. Le Clézio, et le Franco-Congolais Alain Mabanckou. L’auteur et metteur en scène, Wajdi Mouawad, directeur du Théâtre National de la Colline a pris la parole lors de l’inauguration du salon en présence de la Chancelière allemande, Angela Merkel et du Président de la République française, Emmanuel Macron, à travers une lecture performance, aux côtés de la comédienne allemande Judith Rosmair dont voici un extrait.

« Ma langue maternelle est en voie d’extinction et je porte en moi de grands fauves merveilleux dont je compte le déclin. Derrière chaque mot il y a un pourquoi. A ces pourquoi, toujours la même réponse : guerre civile libanaise, exil des parents. L’enfant qui perd sa langue maternelle ne sait pas qu’il la perd au moment où il la perd et, adulte, loin du rivage qui l’a vu naître, ne lui restera que le goût de sang dans la bouche. Celui de sa langue perdue.

Adulte, il dira : je me souviens que je parlais arabe puis je me souviens que je parlais français mais je ne me souviens pas du passage entre l’arabe et le français. C’est comme un couteau planté dans la gorge. Ce n’est donc pas un français qui s’adresse à vous en français, mais un arabe pour qui le français a été langue d’hospitalité, langue comme une porte dérobée lorsque tout est perdu. Langue échappatoire. En ce sens, je suis tout entier fruit de cette Europe hospitalière.
[…]
À l’heure où la question de l’accueil se pose avec autant de violence aux portes de l’Europe, vous avez demandé à un asiatique de prendre la parole à la soirée d’ouverture de la foire du livre de Francfort dont la France est l’invitée d’honneur. Comme si les grecs demandaient à un troyen de proclamer l’ouverture des grands concours dramatiques. L’ennemi. Car si le migrant aujourd’hui est la menace c’est à cette menace que vous avez donné la parole. C’est du moins à lui que je voudrais penser. Inviter le migrant c’est donc aussi en filigrane inviter l’ennemi. »
Wajdi Mouawad

 

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