A l’Opéra de Paris, une Fille de neige fait le printemps

Aida Garifullina dans La Fille de la Neige photo Sebastien Mathe Opéra national de Paris

Adorée en Russie, La Fille de Neige de Rimski-Korsakov demeure méconnue pour la majorité du public de la Bastille qui découvre une œuvre irrésistiblement belle dans une mise en scène pastorale moyennement inspirée de Dmitri Tcherniakov.

Depuis la fin des années 1920, le troisième opéra de Rimski-Korsakov n’a plus vu les scènes parisiennes. Seule une version de concert s’est donnée au Châtelet par le Mariinski de Saint-Pétersbourg sous la direction de Valery Gergiev en 2000. Pourtant, son compositeur tire de la pièce d’Ostrovski une merveille musicale et un condensé d’imaginaire et de culture slaves. Sans trop titrer l’œuvre vers le folklorisme mais sans renoncer à l’en extraire complètement, Tcherniakov signe un spectacle ravissant mais qui n’a pas grand-chose à voir avec ce qui fait de lui un enfant terrible de l’opéra adepte de relectures radicales. Son travail n’est cette fois pas de nature à défrayer la chronique. Il ménage beauté onirique et réalisme ironique, un prosaïsme parfois amusant, une naïveté parfois ennuyeuse.  Pas spécialement féérique, à l’exception du ballet magique de troncs d’arbres au dernier acte, sa mise en scène, finalement assez traditionnelle, se caractérise par sa dimension rustique. Se présente une communauté de joyeux fêtards, campeurs hippies. Ils ont installé leur mobil-homes bariolés dans la clairière d’une forêt qui s’apparente à un calque d’Eden dégradé, puis, s’égayent et s’ébrouent, nus ou costumés, à l’occasion de festivités printanières ritualisées. On reconnait là tout le savoir-faire de Tcherniakov pour animer les scènes de groupe.

Au centre, une fille de neige qu’interprète la jeune et merveilleuse soprano Aida Garifullina. Elle apparait toute frêle, en petit manteau fourré et bonnet à pompon, entre les murs vitrés d’un conservatoire de danse où enseigne Dame Printemps, Elena Manistina, professeur à l’exubérance aristocratique. Fleur de neige quitte ses parents pour parcourir le monde. Elle trouve refuge chez les Bérendeïs et rencontre l’amour qui lui est fatal. Dès son premier air, au prologue, la chanteuse tatare charme d’alacrité juvénile, de clarté et de virtuosité. Elle fait du personnage une petite sauvageonne, fragile et très émouvante.

Autour d’elle, s’impose malgré quelques stridences l’éclatante Koupova de Martina Serafin trahie par Mizguir, séducteur bourru et obstiné, campé par Thomas Johannes Mayer d’une noirceur qui tranche net avec l’aigu perché et charnu du pâtre Lel, le contre-ténor Yuri Mynenko aux cheveux longs et décolorés. Le solide tsar de Maxim Paster complète un plateau vocal de grande envergure qu’accompagne un orchestre somptueux dirigé par Mikhail Tatarnikov tout de force et de délicatesse, de frémissements, d’accents profonds et primesautiers, plein d’un souffle embrasant qui fait se consumer l’héroïne comme l’auditeur.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

La Fille de neige
Opéra (Conte de printemps) en un prologue et quatre actes (1882)
Musique
Nikolaï Rimski-Korsakov
Livret
Nikolaï Rimski-Korsakov
D’après Alexandre Ostrovski
En langue russe
Direction musicale
Mikhail Tatarnikov
Mise en scène
Dmitri Tcherniakov
Snegourotchka (La Fille de neige)
Aida Garifullina
Lel
Yuriy Mynenko
Kupava
Martina Serafin
Le Tzar Berendeï
Maxim Paster
Mizguir
Thomas Johannes Mayer
La Fée Printemps
Elena Manistina
Le Bonhomme Hiver
Vladimir Ognovenko
Bermiata
Franz Hawlata
Bobyl Bakula
Vasily Gorshkov
Bobylicka
Carole Wilson
L’Esprit des bois
Vasily Efimov
Premier Héraut
Vincent Morell
Deuxième Héraut
Pierpaolo Palloni
Un Page
Olga Oussova
Décors
Dmitri Tcherniakov
Costumes
Elena Zaitseva
Lumières
Gleb Filshtinsky
Chef des Choeurs
José Luis Basso
Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
Surtitrage en français et en anglais
Ce spectacle fera l’objet d’une captation audiovisuelle
Une co-production Opéra national de Paris et Bel Air Média avec le soutien du CNC et la participation d’Arte, réalisée par Andy Sommer.
Diffusion en direct au cinéma le 25 avril, diffusion sur Arte Concert à partir du 26 avril.
Diffusion sur Arte et sur France Musique ultérieurement

Opéra Bastille – du 15 avril au 03 mai 2017

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