Laëtitia Guédon, directrice des « Plateaux Sauvages » crée un « lieu de vie »

Laëtitia Guédon – photo : Hadrien Volle

Ouverts mais toujours en travaux, les « Plateaux Sauvages » sont nés de la réunion du Vingtième-Théâtre et du centre d’action sociale des Amandiers dans le 20e arrondissement de Paris. A la tête de ce projet dédié aux artistes et aux habitants du quartier, la metteure en scène Laëtitia Guédon.

Quel est le projet que vous portez à la tête de ce nouvel établissement, « Les Plateaux Sauvages » ?

Il s’agit de mettre en place une fabrique artistique au carrefour de la création professionnelle et de la transmission artistique. « Les Plateaux Sauvages » ne sont pas un énième lieu de diffusion, c’est un lieu où seront valorisés le temps de recherche et d’accompagnement des artistes, davantage que l’objet fini. Nous allons accueillir quatorze compagnies par an dont la moitié seront très émergentes et d’autres plus confirmées. Pour les accompagner, nous serons à leurs côtés durant toute la phase de création de leur projet en mettant à leur disposition des espaces, de la technique, un costumier, un atelier de construction mais aussi une aide à la structuration car on demande aujourd’hui aux artistes d’être créateurs de formes nouvelles mais aussi administrateurs, chargés de diffusion et communicants !

Très concrètement, quels seront les outils dont les artistes pourront disposer ?

A ce jour les artistes ont deux salles de spectacle, une traditionnelle de 250 places et une autre transformable où tout est possible dans la disposition et qui peut accueillir jusqu’à 200 spectateurs. Il y aura aussi des salles de travail pour travailler à la table ou des studios de danse qui pourront être utilisés en fonction de l’avancement du projet. Nous allons aussi prêter gratuitement des bureaux à des structures de productions. En échange, ces structures vont accompagner les compagnies qui le souhaitent sur des modules administratifs, de production ou de diffusion. Cela peut être l’élaboration d’un budget prévisionnel ou bien apprendre à se présenter.

Et quelle forme prendra la transmission artistique des artistes en résidence ?

Comme une échappée du système traditionnel d’action culturelle, un terme qui me gêne beaucoup car il donne l’impression que les artistes vont élever les masses populaires. La démarche ici est inverse, puisque les artistes partagent leur création et se nourrissent des rencontres autant que celles-ci peuvent nourrir les participants. Le projet de transmission des artistes n’est pas un détail du projet global mais un projet en soit. Nous allons travailler à cela principalement avec des structures du territoire comme les écoles ou les foyers de jeunes travailleurs. Ces projets dépassent le bord de plateau ou l’atelier de 4h avec des élèves. Les artistes en résidence aux « Plateaux Sauvages » intègrent au moins 20h d’intervention avec une structure environnante.

Le lieu même de vos activités est destiné à devenir lui aussi un espace partagé ?

Oui, car c’est aussi un lieu de vie ! Nous allons mettre en place une fabrique d’ateliers de pratique artistique amateur. Les intéressés pourront faire de la danse, du théâtre, du yoga, découvrir le street art ou la culture pop japonaise ou bénéficier d’une aide aux devoirs. La particularité est que ces projets ne seront pas portés par des animateurs mais des artistes aguerris à la pédagogie ! Le restaurant que nous allons mettre en place est aussi destiné à faire émerger de jeunes chefs grâce au partenariat avec des associations du quartier comme « La Gamelle du chef » dont l’objet est de mettre en valeur des habitants du quartier ayant des talents culinaires mais n’étant pas professionnels. Nous allons également mettre en place une librairie hybride où l’on pourra acheter des livres ou simplement en consulter. Naturellement il y aura le Wi-Fi partout et chacun pourra venir en profiter !

« Les Plateaux sauvages » sont ouverts mais pas encore achevés, des travaux sont en cours et il y en aura d’autres ?

La première tranche a été terminée en janvier 2017 et concernait essentiellement le hall. La prochaine tranche consistera à la mise aux normes complète du lieu avec notamment la pose d’un ascenseur. Ces travaux débuteront en juillet 2017 et dureront jusqu’à l’hiver 2018. Donc on travaillera toute la première partie de la saison hors les murs. Puis il y aura sans doute une troisième tranche moins importante. On ne voulait pas fermer pendant 2 ans, car ce lieu est une fabrique et il doit être vu comme tel, imparfait. Le public vit au rythme de la mise en place de la structure.

Malgré les travaux, quels artistes seront en résidence aux « Plateaux Sauvages » en 2017-2018 ?

Nous accueillerons Clément Bondu comme auteur en résidence, mais il vient aussi avec un projet de création appelé « L’Avenir ». Il y aura Julien Villa qui a travaillé notamment avec Sylvain Creuzevault avec un projet artistique autour de Philip K. Dick. Lou Wenzel sera là aussi et Tatiana Spivakova mènera un projet sur Mahmoud Darwich. Dans les plus confirmés, nous aurons notamment Joachim Latarget avec une idée autour de sa mère et de sa double nationalité grecque et française. Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna préparent une création autour de Gertrude Stein, Pierre Maillet travaillera sur l’égérie d’Andy Warhol, Holly Woodlawn.

Et vous, vous allez pouvoir continuer à faire de la mise en scène ?

Je suis metteure en scène et c’est en tant qu’artiste que je dirige ce lieu. Mais j’ai fais le choix de me mettre à égalité avec les autres compagnies. J’ai déjà la chance de pouvoir me programmer. Je n’utilise pas les financements des « Plateaux Sauvages » pour les projets présents ou à venir de ma compagnie.

Propos recueillis par Hadrien Volle – www.sceneweb.fr

http://lesplateauxsauvages.fr

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