Fantastique Fantasio

photo Pierre Grosbois

photo Pierre Grosbois

Après une saison 2015/2016 off et avant de réintégrer la salle Favart en avril avec Alcione de Marin Marais, l’Opéra Comique est hébergé au Châtelet où Thomas Jolly met en scène un opéra oublié d’Offenbach, Fantasio, avec une distribution étincelante.

Créé le 18 janvier 1872, Fantasio est vite tombé dans l’oubli. L’œuvre est retirée de l’affiche de l’Opéra Comique après 10 représentations. Le contexte politique de l’époque est y pour beaucoup. Nous sommes au lendemain de la guerre franco-allemande de 1870, l’action de l’opéra se déroule en Allemagne et la fin qui célèbre la paix n’est pas du goût du public. C’est un fiasco. L’opéra est enterré. A part la version scénique de Vincent Vittoz en 2000 à l’opéra de Metz, une version concert en 2015 au Festival de Radio France (avec déjà Marianne Crebassa dans le rôle-titre) et une version discographique dirigée par Sir Mark Elder en 2014, cette œuvre reste rare. Olivier Mantei, le directeur de l’Opéra Comique lui donne une deuxième chance avec Laurent Campellone à la direction musicale et Thomas Jolly à la mise en scène. Et c’est une réussite.

L’argument de l’opéra se fonde sur la comédie en deux actes d’Alfred de Musset. Son frère Paul écrit le livret pour Jacques Offenbach. Musicalement Fantasio annonce d’une certaine façon Les Contes d’Hoffmann. C’est dire la richesse de l’œuvre qui navigue entre le conte, la fable sociale et l’histoire d’amour. Thomas Jolly a formidablement bien rassemblé ces thématiques dans sa mise en scène. La scénographie sur deux niveaux de Thibaut Fack permet tous les possibles, comme cet objectif en fond de scène qui s’ouvre et se ferme sur des images en ombres chinoises pour laisser apparaître le château du roi de Bavière, le cimetière ou un ciel rougeoyant. On retrouve un Thomas Jolly libéré des contraintes de l’Opéra de Paris après un Eliogabalo en demi-teinte – il faut dire qu’il n’avait pas été aidé par l’aridité de cet opéra. Ce n’est finalement pas un cadeau que lui avait offert Stéphane Lissner en lui confiant l’ouverture de la saison 2016/2017. Sa mise en scène rayonne. Elle est riche et pétillante. Il est donc facile pour la distribution de se glisser dans la peau des personnages.

Marianne Crebassa chante pour la première fois à l’Opéra Comique. La toute nouvelle chanteuse lyrique de l’année (depuis sa Victoire de la musique classique) est éblouissante en Fantasio. La mezzo-soprano va puiser constamment dans les basses pour donner du corps à ce personnage masculin qui lui va comme un gant. Avec la magnifique Marie-Eve Munger qui interprète La princesse Elsbeth, elle forme un couple inédit et fortement romantique. Elsbeth pleure la mort du vieux fou du roi, Fantasio endosse ses habits. La séduction des deux amoureux ne s’effectuera pas sur l’apparence physique, mais par le son de la voix. Idée magnifique d’Offenbach. Le roi de Bavière (Franck Leguérinel) cherche à faire la paix avec son ennemi Le prince de Mantoue (Jean-Sébastien Bou) et lui propose la main de sa fille. Mais ce dernier pour conquérir son cœur met en avant son valet Marinoni qui se fait passer pour le prince. Le ténor guyanais Loïc Félix fait des merveilles. Une vraie découverte.

Laurent Campellone dirige avec énergie et délicatesse les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. On sent réellement de bonnes ondes sur le plateau. L’ensemble Aedes colore l’espace au propre comme au figuré. Le chœur éclate dans la dernière scène qui célèbre la bonté du roi des fous. Il est radieux et carnavalesque dans les magnifiques costumes de Sylvette Dequest. On peut dire que l’on a assisté à la renaissance, voir à la véritable création de Fantasio.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Fantasio
Opéra-comique en trois actes sur un livret de Paul de Musset. Créé à l’Opéra Comique en 1872
Direction musicale, Laurent Campellone
Mise en scène, Thomas Jolly
Collaborateur artistique Alexandre Dain
Décors Thibaut Fack
Costumes Sylvette Dequest
Lumières Antoine Travert et Philippe Berthomé
Chef de Chant Martin Surot
Assistant direction musicale Claire Levacher
Assistant mise en scène Katja Krüger
Assistant création costume Magali Perrin Toinin
Fantasio Marianne Crebassa
Le roi de Bavière Franck Leguérinel
La princesse Elsbeth Marie-Eve Munger
Le prince de Mantoue Jean-Sébastien Bou
Marinoni Loïc Félix
Flamel Alix Le Saux
Sparck Philippe Estèphe
Facio Enguerrand de Hys
Max Kévin Amiel
Hartmann Flannan Obé
Rutten Bruno Bayeux
ChœurChœur Aedes
OrchestrOrchestre Philharmonique de Radio France
ProductioOpéra Comique
Coproduction Grand Théâtre de Genève, Opéra de Rouen –Normandie, Opéra national de Montpellier, Croatian National Theater in Zagreb
Coréalisation Théâtre du Châtelet
Éditeur Nouvelle partition de JC Keck – Boosey and Hawkes
Durée : 3h avec entracte après les deux premiers actes (2h)

Théâtre du Châtelet
du 12 au 27 Février 2017

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