Une nouvelle langue pour Tchekhov

© Victor Dmitriev

Timofeï Kouliabine était très attendu avec cette version des Trois Sœurs en langue des signes russe. Après une première française à la Comédie de Valence, le spectacle poursuit sa tournée en France et s’arrête aux ateliers Berthier de l’Odéon.

Au début de la pièce, Irina est encore dans l’adolescence. Elle regarde le clip « Wrecking Ball » de Miley Cyrus. Le tube de l’américaine brise les tympans des spectateurs, mais elle ne l’entend pas, elle est sourde comme le reste de la famille Prozorov. Il a fallu un an et demi de travail aux comédiens – tous entendants – pour apprendre la langue des signes. Une prouesse incroyable. Ils ont également travaillé avec des consultants pour restituer la gestuelle des sourds, et comprendre l’environnement et les contraintes qui sont les leurs dans un monde où tout est fait pour les intendants. Ils crient sur le plateau lorsqu’ils s’expriment, ils font du bruit – beaucoup de bruit – lorsqu’ils jouent aux échecs ou lorsqu’ils mangent. Et lorsqu’ils veulent danser, ils posent leur main sur une enceinte pour sentir les vibrations des basses et restituer leurs saccades. Les comédiens jouent avec une grande humanité, sans tenter de singer les sourds et malentendants, sans chercher à les caricaturer. Sur ce point le travail de Timofeï Kouliabine qui a souhaité pénétrer l’intimité des sourds et malentendants est une réussite.

Sur le plan théâtral, Timofeï Kouliabine respecte les quatre saisons de la pièce. Quatre actes d’une heure environ, entrecoupés de courtes pauses. Il recrée les pièces de la maison, délimitées au sol par des bandes blanches. On ne peut dire que l’on s’ennuie, sauf dans la troisième partie, un peu plus douloureuse. Après l’incendie La famille Prozorov est recluse dans la maison, dans l’obscurité. Les visages des comédiens ne sont éclairés que par la lumière de leur téléphone portable. On aurait envie que l’ivresse du médecin Tchéboutykine soit moins sonore, il ne cesse de taper avec force sur tout ce qui l’entoure dans sa chambre.

Timofeï Kouliabine, trublion de la scène russe, attaqué par l’église orthodoxe pour certains de ses spectacles étire le temps quitte à jouer avec les nerfs des spectateurs. Espérons que ceux-ci enthousiastes aux Ateliers Berthier aient désormais la curiosité de pousser la porte de l’IVT – International Visual Théâtre, au fond de la cité Véron pour découvrir le formidable travail d’Emmanuel Laborit au sein de son théâtre, le seul à créer et à programmer des spectacles bilingues pour le public sourd et pour le public entendant.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr.

Les Trois Sœurs
Texte Anton Tchekhov
Mise en scène Timofeï Kuliabine
Scénographie Oleg Golovko
Lumières Denis Solntsev
Avec Ilia Mouzyko, Anton Voïnalovitch, Klavdia Katchoussova, Valeria Kroutchinina, Irina Krivonos, Daria Iemelianova, Linda Akhmetzianova, Denis Frank, Alexeï Mejov, Pavel Poliakov, Konstantin Télégine, Andreï Tchernykh, Sergeï Bogomolov, Sergeï Novikov, Ielena Drinevskaïa
Production Théâtre “Krasnyi Fakel” (la Torche rouge) – Novossibirsk
Avec le soutien de l’Adami et de l’Onda – Office national de diffusion artistique
durée : 4h15 avec 3 entractes

La Comédie de Valence
Mer. 20 & jeu. 21 sept. 2017, 19h30

Tandem – Douai Hippodrome
28 et 29 septembre 2017

Odéon – Berthier 17e
05 octobre – 15 octobre 2017
du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h

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