La rivière étincelante de Lazare

photo Jean-Louis Fernandez

photo Jean-Louis Fernandez

Sombre Rivière, la nouvelle pièce de Lazare, n’est pas à l’image de son titre, elle est au contraire joyeuse, un peu désespérée mais vivifiante et menée par une troupe d’acteurs et de musiciens épatants.

Lazare a choisi la forme du cabaret pour son nouvel opus : la musique et la chanson pour exorciser la peur de vivre dans la France post attentats terroristes qui pointe du doigt les arabes. La pièce raconte le malaise de l’auteur, lui le français, reconnu par la famille théâtrale, intégré dans la société et qui porte sur son visage les origines de ses parents nés de l’autre côté de la méditerranée. Lazare a imaginé deux conversations, l’une avec sa mère, l’autre avec le metteur en scène Claude Régy (cette dernière est plus courte dans le spectacle et un peu moins bien exploitée que la première). Lazare enrobe le tout de chansons, de poèmes, de séquences vidéo dans une forme chorale chamarrée.

Julien Villa arrive affublé de plusieurs micros hf installés à la va vite sur son visage. « Ils datent de l’époque de Jean Vilar » résume avec perfidie le comédien proche de Jeanne Candel, de Sylvain Achache et de Sylvain Creuzevaul, rompu aux écritures de plateau et donc forcément très à l’aise en meneur de troupe. Il est accompagné de Anne Baudoux, figure indissociable de l’aventure artistique de Lazare – co fondatrice de la compagnie Vita Nova. Elle veille sur lui comme sur la prunelle de ses yeux. Des musiciens et des chanteurs encadrent les deux comédiens. Olivier Leite et Mourad Musset de La Rue Kétanou. Veronika Soboljevski joue de la contrebasse couchée, Laurie Bellanca à la flûte traversière ressemble comme deux goutes d’eau à Isabelle Huppert, Louis Jeffroy – à la batterie – et les voix lumineuses de Ludmilla Dabo et Laurie Bellanca complètent cette distribution éblouissante. Lazare ne les ménage pas pendant les deux heures de ce capharnaüm drolatique.

Lazare se filme faisant le zouave à Barbès ou sur le bord d’une falaise avec son chien. Le rire communicatif et rayonnant de sa maman, Ouria est l’un des moments le plus émouvant de ce spectacle surréaliste où l’on croise Olivier Martin-Salvan promenant un cheval le long du canal Saint-Martin mais aussi les figures de Sarah Kane, d’Antonin Artaud ou de Don Quichotte. On sort lessivé (car il n’y aucun temps mort) mais rasséréné devant tant de poésie et de fraternité. Ce spectacle mené tambour battant par une troupe flamboyante à l’énergie communicative est une réussite qui met en relief les doutes et les interrogations de Lazare sur l’époque troublante que nous sommes en train de vivre.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Sombre Rivière
Texte et mise en scène Lazare
Avec Anne Baudoux, Laurie Bellanca, Ludmilla Dabo, Julie Héga, Louis Jeffroy, Julien Lacroix, Olivier Leite, Lazare, Mourad Musset et Julien Villa
Collaboration artistique Marion Faure
Lumières Christian Dubet
Scénographie Olivier Brichet en collaboration avec Daniel Jeanneteau
Costumes En cours
Son Jonathan Reig
Vidéo En cours
Chef opérateur Robin Fresson
Chef de chœur Samuel Boré
Production TNS — Théâtre national de Strasbourg, Compagnie Vita Nova.
Coproduction MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Le Grand T — théâtre de Loire-Atlantique, Le Liberté — Scène nationale de Toulon
Avec le soutien de Canal 93.
Durée: 1h50

Théâtre National de Strasbourg
Du 14 au 25 mars 2017

Nouveau Théâtre de Montreuil
Du 29 mars au 6 avril 2017

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