Un, Deux, Trois : la quête identitaire de Mani Soleymanlou

photo de répétition Agathe Poupeney

En trois volets donnés à la suite au Palais de Chaillot avant le Tarmac, Mani Soleymanlou questionne avec bonhomie et légèreté le sentiment d’appartenance à son pays d’origine et éprouve le vide identitaire des exilés.

L’artiste est né à Téhéran, une ville vite quittée, d’abord pour vivre à Paris, puis Ottawa et Montréal. Iranien en France, Français au Canada, Québécois à Montréal, il est finalement étranger partout, soumis à expliquer, justifier en permanence qui il est. L’Iran, il ne le connait pas ou plus. Juste quelques souvenirs de réjouissances familiales au cours d’une nuit étoilée et une connaissance de l’actualité du pays à travers les informations retransmises sur internet.  L’artiste observe les manifestations de rues, la révolte de la jeunesse, culpabilise de son inaction due à l’éloignement. Voilà le trouble identitaire que raconte Un, triomphal monologue autobiographique déjà joué plus de deux cents fois. En tee-shirt noir, jean, baskets, simple et expansif, Mani Soleymanlou parle en son propre nom, se raconte d’une manière hyper pêchue.

De Un, naît Deux, un spectacle dans lequel ses interrogations introspectives trouvent en Emmanuel Schwartz, québécois « de souche », un destinataire complice et contradicteur aussi extravagant que touchant. Lui n’assume pas le grand déballage qu’impose la forme du show proposé. Il ne parlera que très peu de ses origines familiales juives.

Enfin dans Trois, c’est avec une foultitude de gens, plutôt jeunes, brassés, formant une communauté multi-ethnique, multi-culturelle, que se présente et se discute comme en apothéose une variété de rapports aux origines et au monde. Catalyseur des débats qui agitent et divisent la société autour du sujet traité (La France, l’Europe, l’immigration, les problèmes communautaires, Charlie Hebdo, l’actuelle campagne présidentielle…), le groupe se constitue comme une somme de voix véhémentes, discordantes, concernées, indisciplinées. Le geste traduit simplement le besoin d’être ensemble et de se faire entendre.

La pièce brasse les idées, parfois aussi les clichés, n’évite pas quelques raccourcis, mériterait d’être un peu resserrée, mais elle est honnête, habile et ne fait jamais douter des bonnes intentions de ses auteurs. « Je n’ai pas de racines, je ne suis pas une salade ! » faisait dire Bernard-Marie Koltès à l’un de ses personnages dans Le Retour au désert. Dérisoire et essentiel. C’est aussi le discours de Mani Soleymanlou, fraternel et engagé, parti de son histoire vécue et parvenu à l’universel.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

TROIS
PRÉCÉDÉ DE UN ET DEUX
TEXTE ET MISE EN SCÈNE
Mani Soleymanlou
Avec Mani Soleymanlou, Emmanuel Schwartz et les interprètes français et québécois : Mani Soleymanlou, Emmanuel Schwartz et les interprètes français et québécois Gustave Akakpo, Jean Alibert, Loïc Bernard-Chabrier, Nil Bosca, Assad Bouab, Marguerite Bourgoin, Marco Collin, Anissa Daaou, Geoffrey Dahm, Judith Davis, Emmanuel De Chavigny, Agathe De Raymond-Cahuzac, Noémie Durantou Reilhac, Jean-Baptiste Foubert, Didier Girauldon, Nina Klinkhamer, Jocelyn Lagarrigue, Constance Larrieu, Denis Lavalou, Dominique Leclerc, Julien Lewkowicz, Maïka Louakairim, Jean-Moïse Martin, Matthieu Mintz, David Nguyen, Karine Pedurand, Néphélie Peingnez, Emmanuel Schwartz, Samira Sedira, Mani Soleymanlou, Laetitia Somé, Elkahna Talbi, Kevin Tussidor, Frankie Wallach, Miléna Wendt, Hichem Yacoubi
Assistanat à la mise en scène et régie Jean Gaudreau | Lumière Erwann Bernard | Son Larsen Lupin I Soutien dramaturgique Gustave Akakpo
Production Orange Noyée Production déléguée pour la France Théâtre National de Chaillot Coproduction Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis, Le Tarmac – La scène internationale francophone. Trois a été créé à Montréal par Orange Noyée en coproduction avec le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et le Festival TransAmériques. Avec le soutien du Conseil des arts et lettres du Québec, du Conseil des Arts du Canada, du Ministère de la Culture et de la Communication français , de la Commission international des théâtres francophones, et de la Délégation générale du Québec à Paris. Remerciements à l’Ecole du Jeu, Delphine Eliet et Jonathan Chelim-Pawilowski
Durée : 4h (entractes compris)

TGP de Saint-Denis
23 Mars 2017 > 31 Mars 2017
du lundi au samedi à 19h30, dimanche à 15h – relâche le mardi
Théâtre National de la Danse – Chaillot
DU 18 AU 22 AVRIL 2017
19h
Salle Jean Vilar

Tarmac
Du 25 au 29 avril 2017
mardi, mercredi, jeudi, vendredi à 19h
samedi à 16h

 

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