Zig Zig, l’histoire d’un viol

@ Ruud Gielens

Dans le cadre du Festival d’Automne, l’Égyptienne Leila Soliman présente Zig zig. Un courageux spectacle de théâtre documentaire, où elle interroge le présent à l’aide des témoignages de femmes violées en 1919 par des soldats britanniques.

Après les révolutions de 2011, le théâtre arabe a suscité un fort intérêt chez les programmateurs français. Lesquels ont depuis pris l’habitude d’aller découvrir ce qui se créée de l’autre côté de la Méditerranée. En Égypte notamment, où la scène indépendante continue de se développer malgré la censure imposée par le régime militaire en place depuis 2013. Au prix d’une résistance permanente, dont le travail de Leila Soliman est un bel exemple. Dans Zig zig, créé au Caire en avril 2016 et présenté pour la première fois en France au Nouveau Théâtre de Montreuil dans le cadre du Festival d’Automne, la jeune auteure et metteure en scène exhume en effet une ancienne et singulière histoire d’insoumission. Celle de femmes de Nazlat al-Shobak, village des environs de Gizeh, qui accusent de viol des soldats anglais devant un tribunal militaire. En 1919, peu avant la révolution qui aboutit en 1922 à l’indépendance du pays.

Que faire de cette histoire, en tant que jeune femme égyptienne d’aujourd’hui ? Les choses ont-elles changé depuis ? Si Mona Hala, Reem Hegab, Sherin Hegazy, Zainab Magdy et Nancy Mounir ne s’étendent pas sur ces questions, elles traversent l’ensemble du spectacle. Depuis la calme installation des comédiennes derrière des pupitres, jusqu’au dérèglement de leur parole et de leurs gestes. Après de nombreux spectacles consacrés au présent révolutionnaire puis à la désillusion qui a suivi – on pense à Zawaya. Témoignage de la révolution de Hassan El Geretly programmé à Avignon en 2014, et à The last supper de Ahmed El Attar en 2015 –  Zig zig témoigne ainsi d’un besoin de questionner l’actualité à partir du passé. Une démarche utilisée également par Ahmed El Attar dans Avant la révolution créé à Bordeaux lors du FAB[i], où l’énumération de faits datant des six années précédant le mois de janvier 2011 rappelle la violence quotidienne qui a mené au soulèvement.

Comme le suggère son titre – « il semble que les soldats utilisaient beaucoup cette expression pour désigner l’acte sexuel dans les colonies », explique la metteuse en scène sur la feuille de salle – Leila Soliman va à l’essentiel. Classique pour le genre documentaire dans lequel elle s’inscrit, son dispositif minimaliste oriente toute l’attention du spectateur vers les archives explorées. Soit la transcription officielle du procès qui a suivi la plainte. Dans sa version anglaise seulement, son équivalent égyptien ayant disparu pour des raisons que Leila Soliman se contente de laisser deviner. Les cinq comédiennes se répartissent avec énergie les rôles de témoins et d’interrogateurs. Tout en commentant régulièrement leur enquête et leur geste, elles se font passeuses d’une douleur en même temps que d’un courage. D’un verbe fort malgré la violence d’un procès dont elles font ressortir l’absurde. Zig zig est la digne mise en forme d’un vertige. Sans pathos, mais avec une urgence d’autant plus belle qu’elle n’empêche pas l’intelligence.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Zig Zig
Mise en scène, Laila Soliman
Avec Mona Hala, Reem Hegab, Sherin Hegazy, Zainab Magdy, Nancy Mounir
Producteur, direction d’acteurs, lumières, Ruud Gielens
Costumes, Lina Aly
Direction de production, Ebtihal Shedid
Direction technique, Omar Madkour
Recherche Historique, Katharine Halls
Traduction anglaise, Katharine Halls
Traduction arabe, Shadi El Hosseiny
Conception des affiches, Adham Bakry
Site Internet, Ola Abulshalashel
Production SHISH – Bruxelles – Le Caire // Coproduction Ambassade de Suisse en Égypte, Bureau de la Coopération internationale (Le Caire) ; HAU Hebbel am Ufer (Berlin) ; Kaaitheater (Bruxelles) ; Forum Freies Theater (Düsseldorf) ; BIT Teatergarasjen (Bergen) ; Zürcher Theater Spektakel (Zürich) ; D-CAF (Le Caire) ; Nouveau théâtre de Montreuil, centre dramatique national // Coréalisation Nouveau théâtre de Montreuil, centre dramatique national ; Festival d’Automne à Paris // En collaboration avec Mahatat for Contemporary Art, 15/3 Studios et Goethe-Institut (Le Caire)// Avec le soutien de l’ONDA //
Spectacle créé le 14 avril 2016 au Jesuit Cultural Centre (Le Caire)
Durée: 1h30

Festival d’Automne à Paris 2017
Nouveau théâtre de Montreuil, centre dramatique national
12 au 21 octobre

Festival Sens Interdit à Lyon
Théâtre Jean Marais Saint-Fons
25 octobre
20h30
26 octobre
19h

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