Qu’en est-il du théâtre « médiéval » en France ?

Enluminure représentant des musiciens. Extrait des Cantigas de Santa Maria (Bibliothèque de l’Escurial, Madrid)

Entre le 18 novembre et le 2 décembre 2017, le Théâtre National Populaire de Villeurbanne (TNP) reprend quatre spectacles basés sur des textes médiévaux. Regroupés sous le titre « Le Berceau de la langue », ils assument une vision pédagogique : faire entendre une littérature française alors « dans son enfance », selon Christian Schiaretti, que le public n’a pas forcément la possibilité d’écouter ou de lire. Mais à part quelques productions éparses, qu’en est-il du théâtre médiéval en France aujourd’hui ?

L’intérêt pour le théâtre médiéval dans l’Hexagone, selon le chercheur Darwin Smith, remonte au XVIIIe siècle, par des hommes en quête de l’origine de leur art. Des littéraires des Lumières qui s’y intéressent pour établir un lien entre le théâtre de leur temps et celui des Anciens. Mais de ce théâtre que l’on imagine joué dans des églises romanes et des châteaux aux murs épais, il ne reste en fait que peu de traces.

Initiale historiée C avec banquet et musiciens (XIIIe siècle)

De nos jours, seulement quelques représentations sont connues et étudiées, les fameuses pièces « religieuses » qui pouvaient durer plusieurs jours comme : La Passion de Valenciennes en 1547 et les Mystères de la Procession de Lille au XVe siècles. La plupart des farces revendiquées dans le patrimoine littéraire comme « médiévales » datent en fait du XVIe siècle. Difficile donc de s’imaginer ce qu’était vraiment le théâtre au Moyen Âge. Un Moyen Âge qui ne connaissait pas la Poétique d’Aristote, intégrée à la Renaissance, et donc qui n’avait pas encore assimilé l’influence du traité théorique sur la construction dramatique. Impossible alors de distinguer des genres comme ceux qu’on connait aujourd’hui. Difficile ainsi d’intégrer cette autre manière de penser le théâtre dans notre culture contemporaine si marquée par Aristote.

Mais que représente-t-on du Moyen Âge sur la scène contemporaine et sous quelle forme ? Michèle Galy remarque que, au XXe siècle, on représente un certain nombre de pièces dont seulement le sujet est médiéval, tel Le Roi Pêcheur donné par Gracq en 1948. Un spectacle souvent donné en exemple dans le genre mais qui, à l’époque, avait été mal reçu par les spectateurs et la critique. Autre expérience théâtrale avec princesses et chevaliers : le Graal-Théâtre de Florence Delay et Jacques Roubaud écrit en volets entre 1977 et 2005. Ce type d’œuvre vient parfois masquer le fait qu’on ne joue quasiment jamais de pièces écrites au Moyen Âge et celles-ci, peu nombreuses, restent généralement inconnues du public. Michèle Galy remarque que la dernière tentative pour mettre une pièce du XIIIe siècle sur les planches dans une production d’envergure date de 2003, avec la mise en scène du Jeu de la Feuillée d’Adam de la Halle par Jacques Rebotier au Vieux-Colombier. Une création qui a, elle aussi, reçu un accueil mitigé. Finalement au théâtre, lorsqu’on utilise un texte du Moyen Âge (et c’est le cas pour Le Berceau du langage), on emprunte au roman, qui n’avait pas lui-même été pensé comme dramatique à la base.

Photo des répétitions du Jeu de la Feuillée au Vieux-Colombier.

Au TNP, les quatre textes présentés suivent un fil chronologique. « La Chanson de Roland », l’un des plus anciens textes littéraires qui soient parvenus jusqu’à nous (XIe siècle) est interprété par Julien Tiphaine. Clément Carabédian et Clément Morinière jouent « Le Roman de Renart », classique des XIIe et XIIIe siècles, Juliette Rizoud et Julien Gauthier sont Tristan et Yseult, roman d’amour fou du XIIe siècle, et « Le Franc-Archer de Bagnolet » (XVe siècle), avec Damien Gouy conclut le cycle. Pas de doute, on représente bien des romans du Moyen Âge aujourd’hui, mais des textes de théâtre, beaucoup moins !

Hadrien Volle – www.sceneweb.fr

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