Jalal Altawil : « Je fais de l’art pour la liberté et pour lutter contre tous les dictatures »

Jalal Altawil photo Simon Gosselin

Dans Tous des oiseaux, pièce chorale de Wajdi Mouawad au Théâtre National de la Colline, Jalal Altawil incarne Hassan Ibn Muhamed el Wazzân, diplomate, voyageur, historien de langue arabe, né à la fin du XVe siècle. Ce comédien syrien, né en 1981, a déjà joué en France dans Les Optimistes, de Lauren Houda Hussein et Ido Shaked, une production du théâtre Maja. Il vit en France depuis 2015. Acteur en exil, il a participé aux premières manifestions à Damas contre Bachar-Al-Assad. Le récit de Hassan Ibn Muhamed el Wazzân fait écho à son parcours personnel. Rencontre avec le comédien.

Qui est ce personnage Hassan Ibn Muhamed el Wazzän que vous interprétez ?

Il est double. Il est à la fois Léon l’africain et Hassan Ibn Muhamed el Wazzän. C’est le seul personnage qui a réellement existé dans la pièce de Wajdi Mouawad. Il est devenu ambassadeur à 14 ans, son influence a été grande dans le monde arabe et en Afrique. Il a été fait prisonnier et donner en cadeau au pape Léon X, et il est devenu chrétien. Il parlait sept langues, c’est pour cela que dans le spectacle on passe de l’arabe à l’hébreu, de l’allemand à l’anglais. Et encore au début des répétitions, il y avait également des dialogues  en latin, italien et araméen qui ont finalement été supprimés. Hassan Ibn Muhamed el Wazzän est donc le trait d’union de la fresque de Wajdi qui est un magicien.

Et c’est la magie du théâtre de parler avec sérénité du conflit israélo-palestinien.

C’est possible car nous sommes avant tout des acteurs. Je suis sans nationalité, ma nationalité c’est l’art. Certes je suis syrien, mais la question du spectacle est de se questionner sur l’identité de notre propre ennemi. Et le mien, c’est Bachar el-Assad, il est syrien et je suis syrien. Je ne suis pas réfugié, je suis un survivant de l’holocauste du grand metteur en scène Bachar el-Assad.

Le texte est laïc, et la religion n’est pas mise en avant dans les relations entre les personnages.

Il y a deux ou trois générations dans cette pièce. Dans ma famille on désignait clairement l’ennemi qui n’avait pas la même religion que la nôtre. Il faut en finir avec ça. Car l’identité n’est pas la religion.

De quelle manière avez-vous participé au début de la révolution en Syrie ?

J’étais dans les premiers artistes à sortir dans la rue pour demander la liberté, j’ai été emprisonné deux fois. La révolution syrienne m’a changé comme acteur et comme personne. Je sais pourquoi je suis artiste. Avant j’aimais la notoriété, la lumière, l’argent. Maintenant je suis engagé contre toutes les dictatures. Je suis capable de sentir ce qui a pu se passer au Rwanda, avant ce n’était pas possible, c’était un autre monde. Je ressens ce qui s’est passé à Charlie Hebdo, c’est mon ennemi qui a massacré ces journalistes. Je fais de l’art pour la liberté.

Même quand vous étiez dans un camp de réfugiés, vous avez toujours continué à faire du théâtre.

Oui j’ai créé le projet « L’effet papillon ». J’ai fait du théâtre avec des enfants handicapés et traumatisés par la guerre en Turquie, au Liban, en Jordanie, en Égypte et en Syrie. J’ai fait 8 spectacles avec plus de 100 enfants. Chaque projet a pris plusieurs mois et je suis resté avec eux dans les camps.

Quand vous voyez tous les soirs, le public se lever et vous applaudir, que ressentez-vous ?

J’ai envie de crier Liberté comme je l’ai fait la première fois dans une manifestation à Damas. Je ressens le même sentiment.

Propos recueillis par Stéphane CAPRON

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