/ critique / Le Tartuffe baroque et chatoyant de Michel Fau

Nicole Calfan, Michel Bouquet et Michel Fau photo Marcel Hartmann

Michel Bouquet est de retour dans un grand rôle, Orgon. Le dernier ? Michel Fau, son ancien élève au Conservatoire le met en scène dans cette comédie grinçante et insolente dans des décors baroques colorés.

La vraie vedette de Tartuffe, c’est Orgon. Le personnage est présent sur la scène du début à la fin. Tartuffe n’arrive qu’à la moitié du spectacle. Michel Bouquet, 92 ans, porte le bouc ; ses yeux maquillés à outrance semblent s’enfoncer dans leurs orbites. Le Commandeur du théâtre français se laisse guider par son élève qui ne le ménage pas. La voix est parfois un peu éraillée, le souffle un peu court, mais Michel Bouquet tient le rang. On le sent un peu fatigué, on ne le saurait être à moins, tant la pièce est lourde à porter.

Il est entouré dans une belle distribution qui l’épaule dans ce marathon éprouvant. L’œil pétillant de Christine Murillo donne à Dorine, seule personne un peu censée de l’histoire, une consistance inégalée. Nicole Calfan est parfaite dans le rôle d’Elmire, elle ressemble à une Madone illuminée. Les deux jeunes amants Mariane (Justine Bachelet) et Valère (Aurélien Gabrielli) sont niais à souhait. Michel Fau force le trait des personnages pour faire ressortir leur côté ridicule. « Je pense même que l’on est en dessous de ce que devait faire Molière » déclare le metteur en scène qui campe un Tartuffe insolent au regard maléfique, drapé dans une grande toge rouge rutilante. Ce rouge tranche avec le noir austère d’Orgon. Les costumes de Christian Lacroix sont magnifiques.

Le Théâtre de la Porte Saint-Martin ressemble à une cathédrale désossée. On devine au loin les murs en bois du cadre de scène. Le décorateur Emmanuel Charles a posé une fresque lumineuse et baroque qui s’ouvre de temps en temps pour laisser apparaitre une croix et un autel. C’est lui qui sert à la fameuse scène de la table, lorsque Orgon découvre caché sous un drap la véritable personnalité de Tartuffe. Ici elle est jouée à vue. Il était impensable de laisser Michel Bouquet couché par terre pendant un quart d’heure. Et le résultat est probant. Il est assis au pied de cet autel sur un prie-Dieu et observe.

Le public est venu pour Michel Bouquet, c’est indéniable. Il applaudit d’ailleurs en cours de spectacle comme Au théâtre ce soir ! Mais on se dit qu’il aura au moins vu dans un théâtre privé une mise en scène qui fait sens, avec une recherche artistique assumée. Le style Fau est là. Baroque et iconoclaste. Le metteur en scène ne s’est pas bridé. Et c’est heureux. On souffre cependant car indéniablement Michel Bouquet puise dans ses réserves pour se mettre au niveau de cette mise en scène exigeante.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Tartuffe
Comédie de Molière
Mise en scène Michel Fau
Avec Michel Bouquet, Michel Fau, Nicole Calfan, Juliette Carré, Christine Murillo, Justine Bachelet, Georges Bécot, Bruno Blairet, Dimitri Viau
Costumes : Christian Lacroix
Assistante mise en scène : Damien Lefèvre
Décors : Emmanuel Charles
Lumières : Joël Fabing
Maquillage, coiffures : Pascale Fau
Durée: 2h15

À partir du 15 septembre 2017
Théâtre de la Porte Saint-Martin

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