Simon McBurney : « C’est quoi la fonction d’une histoire dans notre culture ? »

photo Robbie Jack

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Simon McBurney est de retour en France. Un évènement. Quatre ans après « Maître et Marguerite » au Festival d’Avignon (il était artiste associé de la 66ème édition), il présente « The Encounter » – « La Rencontre » d’après le livre du roumain Petru Popescu qui raconte le périple d’un photographe américain Loren McIntyre parti à la rencontre des peuples d’Amazonie à la fin des années 60.

La première française s’est déroulée à Montpellier au Printemps des Comédiens avant de prendre la route la semaine prochaine des Nuits de Fourvière et à partir de septembre, le spectacle sera présenté à Broadway. C’est du théâtre féérique et sonore. Simon McBurney raconte avec frénésie pendant deux la vie des indiens d’Amazonie à travers le regard d’un européen. Il est seul en scène et les spectateurs l’écoutent dans un casque avec un environnement sonore époustouflant.

On a le sentiment d’être immergé dans la forêt amazonienne grâce à un dispositif sonore binaural de très haute qualité. On sent le souffle du comédien, le vent, le feu, les insectes. Ce spectacle est aussi un grand cri du cœur pour la préservation de la planète. C’est une performance d’acteur. Simon McBurney est un monstre de scène. Rencontre avec ce magicien du théâtre à l’issue de la représentation.

Après « Maitre et Margueritte » en 2012 dans la Cour d’honneur à Avignon, et un opéra à Lyon, vous revenez en France avec un projet qui vous touche particulièrement.

Il y a beaucoup de sujets qui me concernent dans ce spectacle. Il est question de notre culture. Où est-on ? Où va-t-on ? Est-ce que le temps existe vraiment ? Et il y a bien sur la question du devenir de notre planète.

Et tout cela dans un voyage au cœur de l’Amazonie, le poumon de la planète.

Et j’y étais il y a deux ans avec deux communautés très éloignées. L’une totalement acculturée et l’autre qui vit comme l’on vivait au début de l’humanité. Il n’y a rien d’exotique chez eux. Ils vivent de façon saine par rapport à nous. Eux voient les conséquences de notre société de consommation. Leurs fleuves sont pollués, les poissons meurent. Et nous n’avons pas conscience de cela car nous en sommes tellement éloignés. Et ce voyage c’est l’exposé d’un des nôtres, un blanc qui découvre ces gens.

Vous êtes seuls sur scène et grâce à ce dispositif sonore binaural, votre voix entre à l’intérieur de notre cerveau !

La forme de ce spectacle et son contenu sont indivisibles. On oublie par moment que l’on a des casques. Et je vois des gens qui se retournent par moment parce qu’ils pensent qu’il y a des choses bizarres dans leur dos. C’était important que le spectacle se place dans la même position que le photographe Loren McIntyre lors de son voyage en 1969.

Par moment on a même l’impression que les insectes nous effleurent !

C’est cela qui est important, on entend des choses et pourtant il n’y a rien sur scène. On sortant les gens racontent des images qu’ils ont imaginé et qui ne figurent pas dans le spectacle. C’est magique ! Au cœur de cette pièce il y a aussi la question de la narration et de la fiction. C’est quoi la fonction d’une histoire dans notre culture ? Nous nous appelons « Homo Historius », l’homme qui se raconte des histoires. C’est cela qui constitue l’homo sapiens.

Propos recueillis par Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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