Le palmarès 2017 de l’équipe de sceneweb

photos Simon Gosselin, Thierry Depange et Christophe Raynaud de Lage

La richesse de l’année 2017 du spectacle vivant vue par l’équipe de sceneweb d’où ressortent le Sopro de Tiago Rodigues, les mises en scènes de Simon Stone, Tous des oiseaux de Wajdi Mouawad. Mais il y a aussi beaucoup de révélations dans ce palmarès éclectique et diversifié.

Le palmarès d’Anaïs Heluin

Meilleur spectacle : Doreen de David Geselson
En 2006, un an avant de se donner la mort avec son épouse Dorine, le philosophe et militant André Gorz publiait une confession amoureuse, Lettre à D. À partir de ce texte, David Geselson imagine les derniers moments du couple. Ses peurs et ses tendresses. Sur le plateau avec la délicate Laure Mathis, le metteur en scène réussit un subtil aller-retour entre les sentiments d’hier et d’aujourd’hui. Et questionne la possibilité de l’amour dans un monde privé des utopies qui structurent la pensée d’André Gorz.

Meilleure interprète : Maroussia Diaz Verbèke dans Circus Remix
Pour Maroussia Diaz Verbèke, le cirque n’a rien à envier à l’opéra. Pas plus qu’à la littérature, au théâtre ni à la danse. Après De nos jours [notes on the circus] au sein du collectif Ivan Mosjoukine et Le vide – essai de cirque coécrit avec Fragan Gehlker et Alexix Auffray, la circassienne poursuit avec Circus Remix sa recherche d’une nouvelle écriture de cirque ou « circographie ». En empruntant le langage de la radio, elle place le cirque au cœur du monde.

Meilleur comédien : Nicolas Bouchaud dans Maîtres anciens
Après Serge Daney dans La loi du marcheur, Nicolas Bouchaud incarne dans Maîtres anciens de Thomas Bernhard un autre personnage de critique. Soit le vieux Reger, spécialiste de musique et grincheux notoire, dont le comédien porte la parole-fleuve seul en scène avec son allure de rêveur éveillé qui se prête à merveille au passionnant théâtre de la pensée qu’il développe depuis 2010 avec ses complices Éric Didry et Véronique Timsit.

Révélation : France-fantôme de Tiphaine Raffier (Théâtre du Nord)
Jeune auteure et metteure en scène associée depuis 2016 au Théâtre du Nord, Tiphaine Raffier s’illustre dans sa troisième création en explorant un genre peu courant au théâtre : celui de la science-fiction. Située dans la « neuvième révolution scopique », sa pièce fait de la dystopie un riche terrain intellectuel et théâtral.

Meilleur spectacle issu d’un collectif : Sandre du collectif Denisyak (Avignon Off, La Manufacture)
Fondé en 2010 par Solenn Denis et Erwan Daouphars, le collectif bordelais Denisyak encore méconnu met en scène dans Sandre une tragédie invisible. Celle qu’endure une femme trompée par son mari. Une personne au quotidien tout simple, à la langue pleine d’une poésie rugueuse qui se déploie par associations d’idées incongrues en un monologue poignant auquel le jeu d’Erwan Daouphars ajoute une belle étrangeté.

Meilleure auteure : Leïla Anis pour Les Monstrueuses
Depuis ses premiers pas d’auteure dans Pose ta valise (2010) du Théâtre du Grabuge, parmi un chœur de femmes qui disait et chantait son exil, Leïla Anis a fait bien du chemin. Dans Les Monstrueuses, publiée aux éditions Lansmann, elle met sa poésie du déracinement au service d’une généalogie de mères, de 1929 à 2008.

Meilleur metteur en scène : Wajdi Mouawad pour Tous des oiseaux (Théâtre de la Colline)
Pour sa première création en tant que directeur du Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad a renoué avec bonheur avec le souffle épique de sa fameuse trilogie Le Sang des Promesses. Écrit au plateau avec neuf remarquables comédiens de langues et de pays différents, Tous des oiseaux aborde le conflit israélo-palestinien à travers un entremêlement d’histoires et d’époques diverses. Du XVème siècle de Léon l’Africain à aujourd’hui.

Meilleur spectacle étranger : Sopro de Tiago Rodrigues (Festival d’Avignon)
Comme son Antoine et Cléopâtre en 2015, Sopro du Portugais Tiago Rodrigues fut un des moments de grâce du dernier Festival d’Avignon. Dans un décor d’après-catastrophe – un théâtre en ruines où la nature commence à reprendre ses droits –, il poursuit son travail sur la mémoire et le répertoire en portant sur scène une femme dont le métier est en voie de disparition : Cristina Vidal, souffleuse au Théâtre national de Lisbonne.

Meilleur spectacle musical : Dementia Praecox 2.0 d’Elizabeth Czerczuk
Rue Marsoulan, dans le 12ème arrondissement de Paris, le lieu d’Elizabeth Czerczuk inauguré en novembre dernier est à l’image du théâtre qu’on y découvre : inattendu. Tout en superbes contrastes. Entre l’esprit des grands maîtres polonais que sont Tadeusz Kantor et Jerzy Grotowski et expérimentation contemporaine, sa compagnie imagine un théâtre total et cathartique où la musique tient une place centrale. Dans Dementia Praecox 2.0, le percussionniste Thomas Ostrowiecki, l’accordéoniste Karine Huet et la violoniste Anne Darieu participent en effet avec force aux scènes de folie inspirées du Fou et la nonne de (1923) de Stanislaw Witkiewicz.

Meilleur spectacle de cirque : Le Pas Grand-chose de Johann Le Guillerm
Depuis quinze ans, Johann Le Guillerm occupe avec son unique projet Attraction une place majeure dans le paysage du cirque contemporain. Dans Le Pas Grand-chose, créé en mars dernier au Cirque-Théâtre d’Elbeuf en ouverture du festival Spring, il met en mots la création de son univers surréaliste. Et sa conviction selon laquelle « le monde peut être réélaboré par soi-même pour ne pas le subir mais mieux l’éprouver, le penser, le vivre ».

Livre de l’année : Le Festival mondial du théâtre de Nancy. Une utopie théâtrale, 1963-1983, Jean-Pierre Thibaudat, Les Solitaires Intempestifs, 2017.
« Le dernier grand festival du XXème siècle ». C’est ainsi que le critique théâtral et écrivain Jean-Pierre Thibaudat définit le Festival mondial du théâtre de Nancy dans la passionnante chronique qu’il lui consacre. Un beau livre aussi vivant que documenté, qui relate les vingt ans d’une utopie théâtrale initiée par Jack Lang, où les grandes révolutions théâtrales de l’époque furent pour la plupart invitées.

10 000 gestes de Boris Charmatz photo Duncan Elliott, 2017

Le palmarès de Philippe Noisette

Meilleur spectacle : Grande. Pas grand chose à ajouter. Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel auront marqué cette année 17 comme rarement. Leur duo enchanté se joue de la virtuosité et du risque avec une grâce rare. On rit, on pleure, on est au plus près des émotions.

Meilleur spectacle étranger : 10 000 Gestes de Boris Charmatz. Ok Boris est français, le Musée de la danse est de Rennes. Mais cet opus rageur, un des plus beaux de son auteur, a été créé à Manchester puis Berlin. Et sa distribution est on ne peut plus internationale.

Meilleur film musical : dans une année marquée par le retour du musical à Hollywood ( La La Land) et où la plus grande star Beyoncé s’offre les services du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui difficile de choisir. Pourtant c’est le court-métrage de Clément Cogitore Les Indes Galantes pour la Troisième Scène de l’Opéra de Paris qui nous aura fait le plus d’effet(s). Du krump, de le tension, de la danse et du baroque. Éblouissant.

Meilleure performance : William Forsythe. Son installation à la Grande Halle de la Villette sous la houlette du Festival d’automne est simplement réjouissante. Que vous soyez danseur ou promeneur Nowhere and Everywhere at the Same Time est un envoûtement.

Meilleure compagnie en région : Le CNDC Angers pour sa recréation de Beach Birds présenté au festival de danse de Cannes. La troupe y est magnifique emmenée par Ashley Chen ancien danseur de Merce Cunningham aussi à l’aise chez Charmatz qu’en solo. Des oiseaux de bon augure…

Meilleure reprise de l’année : Good Boy magnifié par Matthieu Doze au CND Pantin. Le solo d’Alain Buffard nous revient donc -et c’est ne découverte pour les jeunes générations. Well done.

Interprète féminine de l’année : Courtney May Robertson dans Rule of Three de Jan Martens. Un choc.
Mais également Eleonora Abbagnato dans un Sacre du printemps de Pina Bausch à l’Opéra de Paris proprement renversant. Et la star de 2018 : Oona Doherty.

Interprète masculin de l’année : François Chaignaud. Qu’il soit le fantôme d’Isadora Ducan ou l’homme à la moto de Théo Mercier Chaignaud prouve à chaque rendez-vous son talent protéiforme. Son dernier opus Romances Inciertos est un délice. Et comme chaque année ou presque Israel Galvan se hisse au sommet. Tout comme le quatuor de A Love Supreme.

Meilleur spectacle théâtre: Yves Noél Genod et le temps perdu de Marcel Proust. C’est La Recherche aux Bouffes du Nord et on a rien vu d’aussi beau cette année côté théâtre.

Meilleur spectacle théâtre étranger : La soufleuse de Tiago Rodrigues dans Sopro et Ramona de Rezo Gabriadze deux spectacles du festival d’Avignon

Meilleure bande-son : Bacchantes de Marlene Monteiro Feristas ( parce qu’une année sans Marlene ce n’est pas possible…)

Livre de l’année : Sigma 1965/1996 Histoire d’un Festival d’Avant-Garde (Editions Atlantica). Dans ce livre magnifiquement illustré, dans des teintes noires et rouges, la journaliste bordelaise Emmanuelle Debur, retrace l’histoire de ce festival improbable.
Personnalité de l’année : Misha Baryshnikov. For ever.
Déception de l’année : Le Lac des cygnes de Alexandre Ekman -sur eau. Un vrai plouf.

Jeane Balibar © Christophe Raynaud de Lage

Le palmarès de Christophe Candoni

Meilleure Actrice
Jeanne Balibar mène désormais une formidable carrière outre-Rhin où elle suit son nouveau mentor et compagnon Frank Castorf. Elle force l’admiration dans le très excentrique et contestataire Die Kabale des Scheinheiligen. Das Leben des Herrn de Molière.

Meilleur Acteur
Jacques Vincey qui n’était pas monté sur scène depuis trente ans défend un des personnages les plus mal aimés du répertoire théâtral, l’usurier juif du Marchand de Venise, un rôle refusé par tous les acteurs à qui il l’avait proposé. C’est dire le risque pris de l’endosser lui-même, tout en nuances, sans excès de condamnation ni réhabilitation mais en explorant toute la complexité de l’homme aussi bien méprisé que méprisable dans une mise en scène par ailleurs parfaitement cynique et actuelle.

Révélation de l’année
L’explosive Liza Lapert, jeune comédienne d’une sensibilité rebelle et rageuse à fleur de peau, porte haut la violence, la révolte, l’incandescence d’une jeunesse idéaliste dans le chaotique En manque de Vincent Macaigne.

Meilleur metteur en scène
Surdoué, Simon Stone s’est rapidement imposé sur la scène internationale où il fait beaucoup parler de lui. Artiste associé de l’Odéon, il a présenté pas moins de quatre spectacles en France cette saison : une adaptation de Rocco et ses frères à Lyon, Ibsen Huis à Avignon, Médée et Les Trois sœurs à Paris. A chaque fois se déploie un style d’une liberté folle, aussitôt idolâtré ou contesté, où se réinvente les classiques pour peindre avec pertinence le monde d’aujourd’hui.

Meilleur spectacle public
Crowd de Gisèle Vienne pour sa géniale traduction scénique de l’intensité électrique et pulsionnelle des fins de soirées réalisée dans une lenteur comateuse et exténuée. Quinze sublimes danseurs se déchaînent sur une musique techno en plein no man’s land. Ils suspendent le temps. Proche de l’hallucination, la performance laisse bouche bée devant tant de beauté.

Meilleur spectacle étranger
L’innocence même, la pureté angélique d’enfants de 8 à 13 ans jouant l’atroce affaire Dutroux, c’est le pari audacieux de Milo Rau qui met en scène sans tabou mais loin de tout sensationnalisme de très jeunes et fabuleux acteurs issus du CAMPO de Gand dans le troublant Five easy pieces montré à Nanterre-Amandiers.

Meilleur spectacle lyrique
Pour mettre en scène Cosi fan tutte à l’Opéra de Paris, Anne Teresa de Keersmaeker refuse évidemment l’illustration au profit de l’abstraction. La blancheur immaculée et la vastitude aérienne de la cage de scène du Palais Garnier totalement dégagée et repeinte offrent un écrin lumineux à l’errance trouble des corps et des cœurs mozartiens traduite par les inévitables courbes enchâssées de la chorégraphe très à l’écoute de la musique. Une proposition vertigineuse.

Meilleur auteur
Dans Hospitalités, Massimo Furlan écrit une pièce documentaire à partir d’un canular qui consistait à faire croire aux habitants du petit village de la Bastide (Pays basque) qu’ils devaient accueillir des migrants pour voir baisser le coût de l’immobilier. De la fiction à la réalité, la population locale raconte elle-même sur scène comment leur territoire est devenu une terre d’accueil dans une improbable mais édifiante pièce aux dimensions fortement politiques et humaines.

Loic Corbery photo jean-Louis Fernandez

Palmarès de Vincent Bouquet

Meilleur spectacle de théâtre public : Saigon de Caroline Guiela Nguyen (Festival d’Avignon)
C’est l’un des spectacles les plus marquants du 71e Festival d’Avignon. Voyage ultra-sensible entre Paris et Saigon, entre 1956 et 1996, la pièce multiculturelle de Caroline Guiela Nguyen met en lumières un pan de l’Histoire française sciemment occulté. Ce spectacle plein de larmes a bouleversé le public avignonnais, et nous avec.

Meilleur comédien : Loïc Corbery dans Le Pays lointain (Théâtre National de Strasbourg)
Pour adapter la pièce de Jean-Luc Lagarce, Clément Hervieu-Léger a réuni toute sa famille théâtrale. Aux côtés d’Audrey Bonnet, Vincent Dissez ou encore Nada Strancar, Loïc Corbery s’impose comme le chef de file d’une troupe où les morts viennent apaiser les tourments des vivants.

Meilleure comédienne : Ursina Lardi dans Compassion. Une histoire de la mitraillette  (La Villette)
Le spectacle de Milo Rau fut un électrochoc. Charge violente contre la fausse compassion à l’occidentale, il repose sur le talent d’Ursina Lardi. La comédienne de la Schaubühne parvient à transformer les mots en balles traçantes qui ébranlent à chaque détonation.

Révélation : Armelle Dousset dans blablabla (Théâtre Paris-Villette). Avec son faux-air d’Ellen DeGeneres, Armelle Dousset sert de guide dans la jungle de sons composée par Joris Lacoste. Elle se fond dans les personnages avec une facilité déconcertante, aussi à l’aise en Reine des Neiges qu’en Emmanuel Macron. Son plaisir de jouer fait plaisir à voir.

Meilleure scénographie : Bartabas pour Ex Anima (Théâtre équestre Zingaro). Spectacle onirique d’un temps révolu où l’animal était roi, « Ex Anima » est sans doute l’une des plus belles pièces de Bartabas. Le maître du théâtre équestre l’a présenté comme son « ultime » travail. Au vu des images qu’il réussit encore à créer, on espère que cela ne signifie pas « dernier ».

Meilleur spectacle issu d’un collectif : Nachlass / Pièces sans personne de Rimini Protokoll (Théâtre Vidy-Lausanne). Spécialiste du théâtre immersif où le spectateur est acteur, Rimini Protokoll a encore frappé un grand coup. Stefan Kaegi et Dominic Huber sont allés à la rencontre de huit personnes qui, pour diverses raisons, ont choisi de préparer leur mort. Au travers de huit pièces scénographiées, ils donnent à voir et à entendre leur « Nachlass », cet ensemble de biens matériels et immatériels laissés par un défunt.

Meilleure auteure : Annick Lefebvre pour Les Barbelés (Théâtre de la Colline)
Impeccablement servi par Marie-Eve Milot, le texte d’Annick Lefebvre est une pièce coup-de-poing. Armée de sa plume franche et directe, la dramaturge québécoise entend faire vaciller l’un des tabous les plus répandus, celui du silence coupable.

Meilleur metteur en scène : Simon Stone pour Medea, Ibsen Huis et Les Trois Sœurs (Théâtre de l’Odéon et Festival d’Avignon) 2017 fut l’année de Simon Stone. Avec deux spectacles au Théâtre de l’Odéon (« Medea » et « Les Trois Sœurs ») et un au Festival d’Avignon (« Ibsen Huis »), le metteur en scène australien s’est fait une place dans la cour des (très) grands, capables de révolutionner les classiques.

Meilleure musique : Pénélope Michel et Nicolas Devos (Cercueil / Puce Moment) pour Le syndrome Ian (Théâtre national de Chaillot) Hypnotique, le spectacle de Christian Rizzo l’est en grande partie grâce à la musique entêtante de Pénélope Michel et Nicolas Devos. On ressort envoûté de cette session de clubbing fluide et vivante.

Meilleur spectacle étranger : Sopro de Tiago Rodrigues (Festival d’Avignon)
Depuis le 14 février 1978, Cristina Vidal œuvre dans les coulisses du Teatro Nacional Dona Maria II de Lisbonne et susurre à l’oreille des comédiens les tirades oubliées. Tiago Rodrigues lui a dédié un spectacle, « Sopro », créé cet été au Festival d’Avignon. Une ode à la poétique théâtrale.

Meilleur spectacle de danse : Grand Finale d’Hofesh Shechter (La Villette). Performance totale où, sous la fin d’un monde, couve l’espoir, « Grand Finale » a ravi le public de la Grande Halle de la Villette, heureux de retrouver Hofesh Shechter à son meilleur.

Somos © Sylvain Frappat

Le Palmarès de Stéphane Capron

Spectacle théâtre public de l’année: Tous des Oiseaux de Wajdi Mouawad. Pour sa première création en tant que directeur de la Colline, Wajdi Mouawad livre une fresque familiale passionnante de 4 heures avec une troupe d’acteurs inconnus en France.

Spectacle théâtre privé de l’année: Au but de Thomas Bernhard avec Dominique Valadié, mise en scène Christophe Perton au Poche Montparnasse. Dans un quasi monologue de deux heures, Dominique Valadié déverse des flots d’horreurs. Elle est la mère que l’on n’aurait jamais aimé avoir, d’une cruauté crasse. Thomas Bernhard s’en donne à cœur joie dans cette pièce où il pourfende la société. Une grande performance d’actrice.

Spectacle étranger: Art par Kuno Bakker, Gillis Biesheuvel et Frank Vercruyssen au Théâtre de la Bastille. Trois comédiens déstructurent la pièce la plus célèbre de Yasmina Reza pour en faire une joyeuse pochade burlesque irrésistible. C’est un petit bijou de drôlerie et d’inventivité.

Comédien de l’année: Benjamin Lavernhe dans Scapin à la Comédie-Française. En lui confiant le rôle de Scapin, Denis Podalydès propulse Benjamin Lavernhe dans la cour des grands comédiens.

Comédienne de l’année: Audrey Bonnet dans Jeanne au Bûcher d’Arthur Honneger dans une mise en scène de Roméo Castellucci à l’Opéra de Lyon. Audrey Bonnet était incroyable, seule sur scène pendant toute la durée de ce spectacle qui fera date dans sa carrière.

Espoir masculin de l’année: Lucien Fradin dans Eperlecques. La découverte dans le Off cet été. Le jeune comédien raconte son enfance dans son petit village du Pas-de-Calais, sous forme d’un conférence humoristique.

Espoir féminin de l’année: Diariétou Keita dans Antoine m’a vendu son destin, Sony chez les chiens au Théâtre de la Colline. Fabuleuse et énergique aux côté de Dieudonné Niangouna, il fallait une comédienne de cette trempe pour lui faire face  !

Compagnie ou collectif de l’année: Le Munstrum Théâtre. La jeune compagnie alsacienne Munstrum Théâtre a réinventé le Grand Guignol avec son adaptation de la pièce de Marius von Mayenburg, Le Chien, la Nuit et le Couteau. Une fantasmagorie masquée imaginée par Lionel Lingelser et Louis Arene. Une réussite.

Mise en scène de l’année: Laurent Brethome pour Margot d’après la pièce de Christopher Marlowe. Le metteur en scène qui dirige Le Menteur volontaire s’est attaqué avec gourmandise à un monument oublié du répertoire, Massacre à Paris, la pièce de Christopher Marlowe rarement montée.

Adaptation de l’année: Sylvain Maurice et Laurent Binet pour La 7ème fonction du langage. Le roman de Laurent Binet a été l’un des succès de la rentrée littéraire 2016 couronné par le prix Interallié. La pièce mise en scène de Sylvain Maurice est tout autant passionnante.

Chorégraphe de l’année: Ambre Senatore. Au début de l’année la directrice du CCN de Nantes nous a offert Pièces qui était une sacrée bouffée d’oxygène. Elle a récidivé cet été au Festival d’Automne avec Scena Madre*.

Spectacle de danse de l’année: Dimitris Papaioannou. Le chorégraphe grec programmé pour la première fois Festival d’Avignon a présenté The Great Tamer, une pièce sombre et humoristique, où les corps se décomposent comme par magie.

Spectacle de cirque de l’année: Somos. Quel choc émotionnel que ce spectacle créé dans le cadre du festival Spring ! Somos respire l’humanité, la tendresse et l’humour. Un spectacle de Wilmer Marquez et Edward Aleman, deux amis d’enfance qui ont grandi à Bogota.

Opéra de l’année: Fantasio à l’Opéra Comique dans la mise en scène Thomas Jolly. Libéré des contraintes de l’Opéra de Paris après un Eliogabalo en demi-teinte, Thomas Jolly a joyeusement ouvert la saison de l’Opéra Comique.

Chanteuse lyrique de l’année: Julie Fuchs dans Le Comte Ory de Rossini à l’Opéra Comique. Julie Fuchs an’hésite pas à ramper au sol, quitte à salir les costumes de Christian Lacroix !

Chanteur lyrique de l’année: Ludovic Tézier dans Don Carlos à l’Opéra Bastille. Le baryton français a été la vraie vedette de la superproduction de l’Opéra de Paris.

Livre de l’année : Sigma 1965/1996 Histoire d’un Festival d’Avant-Garde (Editions Atlantica). Dans ce livre magnifiquement illustré, dans des teintes noires et rouges, la journaliste bordelaise Emmanuelle Debur, retrace l’histoire de ce festival improbable.

1 réponse
  1. Yannis JEAN
    Yannis JEAN dit :

    Bonjour,
    Enfin du Cirque de Création dans vos ‘palmarès’.
    Merci pour cette mise à égalité avec les autres arts du spectacle vivant.
    Je ne suis pas très ‘palmarès’ moi même, mais j’ai apprécié plusieurs spectacles de votre sélection.
    Merci pour ce travail

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